Deuxième question
Les savants sont unanimes sur le mérite de se placer au premier rang, ainsi que de resserrer et d’aligner les rangs, puisque les prescriptions du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — à ce sujet sont établies. Ils divergent toutefois sur le cas de celui qui prie seul derrière le rang. La majorité considère sa prière comme valide.
Ahmad, Abū Thawr et un groupe de savants estiment, en revanche, qu’elle est invalide.
Cette divergence tient à leur désaccord sur l’authenticité du hadith de Wābisa, ainsi qu’à la pratique qui lui est contraire. Dans ce hadith, le Prophète — sur lui la paix et la bénédiction — dit :
« Nulle prière pour celui qui se tient derrière le rang. »
Al-Shāfi‘ī estimait que ce récit était contredit par le fait que, dans le hadith d’Anas, la vieille femme se tenait seule derrière le rang. Ahmad répondait : « Cela ne constitue pas une preuve, car la sunna, pour les femmes, est de se tenir derrière les hommes. » Comme nous l’avons indiqué, Ahmad jugeait authentique le hadith de Wābisa.
D’autres ont dit : « Sa chaîne de transmission présente des versions discordantes ; il ne peut donc servir de preuve. » La majorité s’est appuyée sur le hadith d’Abū Bakra : il s’était incliné avant d’avoir rejoint le rang, mais le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne lui ordonna pas de recommencer sa prière. Il lui dit :
« Qu’Allah accroisse ton empressement, mais ne recommence pas. »
Si l’on interprétait cela comme une recommandation, il n’y aurait pas de contradiction (je veux dire : entre le hadith de Wābisa et celui d’Abū Bakra).
Troisième question
Les premières générations ont divergé au sujet de l’homme qui souhaite prier et entend l’iqāma, l’annonce du début de la prière : doit-il hâter le pas vers la mosquée, de crainte de manquer une partie de la prière, ou non ? On rapporte que ‘Amr et Ibn Mas‘ūd hâtaient le pas lorsqu’ils entendaient l’iqāma. On rapporte, en revanche, que Zayd ibn Thābit, Abū Dharr et d’autres Compagnons ne préconisaient pas de se hâter, mais de se rendre à la prière avec dignité et sérénité.
Les jurisconsultes des grandes villes ont retenu ce dernier avis, en raison du hadith authentique d’Abū Hurayra :
« Lorsque le début de la prière est annoncé, ne vous y rendez pas en vous hâtant, mais allez-y avec sérénité. »
Il semble que cette divergence s’explique par le fait que ce hadith ne leur était pas parvenu, ou qu’ils estimaient que le Coran le contredisait, en raison de ces paroles du Très-Haut :
« Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. » [al-Baqara : 148]
Et de ces paroles :
« Les devanciers, ce sont eux les devanciers. » [al-Wāqi‘a : 10]
« Ceux-là sont les rapprochés. » [al-Wāqi‘a : 11]
Et de ces paroles :
« Hâtez-vous vers un pardon de votre Seigneur. » [Āl ‘Imrān : 133]