Leur divergence tient à l’existence de deux hadiths dont les sens apparents s’opposent. Le premier est celui d’Abū Hurayra, rapporté dans les deux recueils authentiques : le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit :
« Lorsque l’imam dit “Āmīn”, dites “Āmīn”. »
Le second est également rapporté d’Abū Hurayra, par Mālik : le Prophète — sur lui la paix et la bénédiction — a dit :
« Lorsque l’imam dit : “Non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés”, dites : “Āmīn”. »
Le premier hadith indique explicitement que l’imam dit « Āmīn ».
Du second, on déduit que l’imam ne le dit pas. En effet, s’il le disait, il n’aurait pas été ordonné au fidèle qui le suit de dire « Āmīn » dès l’achèvement de la sourate al-Fātiha, avant que l’imam ne le dise lui-même. Car, comme l’a dit le Prophète — sur lui la paix et la bénédiction :
« L’imam n’a été institué que pour être suivi. »
À moins de faire de cette parole une exception parmi les paroles de l’imam (je veux dire que le fidèle pourrait dire « Āmīn » en même temps que lui ou avant lui). Dans ce cas, le hadith ne fournirait aucune preuve concernant la règle applicable à l’imam sur ce point ; il ne traiterait que de celle applicable au fidèle qui le suit.
Il semble toutefois que Mālik ait privilégié le hadith qu’il rapporte, car c’est celui qui écoute qui dit « Āmīn », et non celui qui invoque. La majorité a, pour sa part, privilégié le premier hadith en raison de son caractère explicite et parce que rien n’y est dit de la règle applicable à l’imam. La divergence entre les deux hadiths porte seulement sur le moment où le fidèle dit « Āmīn », non sur la question de savoir si l’imam le dit ou non. Médite donc cela.
Il est également possible d’interpréter le premier hadith en disant que cette parole :
« Lorsqu’il dit “Āmīn”, dites “Āmīn” »
signifie : lorsqu’il arrive à l’endroit où l’on dit « Āmīn ».
On a également soutenu que l’expression « dire Āmīn » signifiait invoquer. Mais c’est s’écarter du sens apparent au profit d’un sens qui ne se déduit du hadith que par analogie. Je veux dire : déduire de cette parole :
« Lorsqu’il dit : “Non pas de ceux qui ont encouru Ta colère, ni des égarés”, dites “Āmīn” »
que l’imam, lui, ne dit pas « Āmīn ».
Quant au moment où l’imam prononce la formule « Allah est le plus grand » qui marque l’entrée en prière, certains estiment qu’il ne doit le faire qu’une fois l’annonce du début de la prière achevée et les rangs alignés. C’est l’avis de Mālik, d’al-Shāfi‘ī et d’un groupe de savants.
D’autres estiment qu’il doit la prononcer avant la fin de cette annonce. Ils jugent préférable qu’il le fasse lorsque le muezzin dit : « La prière commence. » C’est l’avis d’Abū Hanīfa, d’al-Thawrī et de Zufar.
Cette divergence tient à l’opposition apparente entre les hadiths d’Anas et de Bilāl.
Dans son hadith, Anas rapporte :
« Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — se tourna vers nous avant de prononcer la formule d’entrée en prière et dit : “Alignez vos rangs et serrez-vous les uns contre les autres, car je vous vois derrière mon dos.” »
Le sens apparent de ce récit est qu’il prononça ces paroles après la fin de l’annonce du début de la prière. Cela rejoint ce qui est rapporté de ‘Umar : il ne prononçait la formule d’entrée en prière qu’une fois cette annonce achevée et les rangs alignés.
Quant au hadith de Bilāl, il rapporte :
« Il prononçait l’annonce du début de la prière pour le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et lui disait : “Ô Messager d’Allah, ne