Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Ce sens est également renforcé par le hadith d’Abū Hurayra, dont l’authenticité est reconnue d’un commun accord. Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — a dit :

« Par Celui qui tient mon âme dans Sa main ! J’ai bien songé à ordonner que l’on ramasse du bois, puis que l’on lance l’appel à la prière et qu’un homme dirige les fidèles. Je me rendrais ensuite chez certains hommes pour mettre le feu à leurs maisons alors qu’ils s’y trouvent. Par Celui qui tient mon âme dans Sa main ! Si l’un d’eux savait qu’il trouverait un os bien garni de viande ou deux beaux morceaux de pied de mouton, il assisterait à la prière de la nuit. »

Il est encore renforcé par le hadith d’Ibn Mas‘ūd, dans lequel celui-ci dit :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — nous a enseigné les pratiques de la bonne voie. Parmi celles-ci figure la prière dans la mosquée où l’appel à la prière est lancé. »

Certaines versions ajoutent :

« Si vous abandonniez la sunna de votre Prophète, vous vous égareriez. »

Chacun des deux groupes a donc cherché à concilier les hadiths en interprétant celui qu’invoquait son contradicteur de manière à l’accorder avec le sens apparent de celui sur lequel il s’appuyait lui-même.

Les zāhirites ont ainsi soutenu que rien n’empêchait d’établir une différence de mérite entre des actes qui sont eux-mêmes obligatoires. Autrement dit, la prière en groupe de celui qui est tenu de l’accomplir surpasse, du nombre de degrés mentionné, la prière individuelle de celui qu’une excuse valable dispense de cette obligation. Selon eux, il n’y a donc aucune contradiction entre les deux hadiths. À l’appui de cette interprétation, ils ont invoqué cette parole du Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut :

« La prière accomplie assis vaut la moitié de celle accomplie debout. »

Quant aux tenants de l’autre avis, ils ont avancé que le hadith de l’aveugle pouvait être compris comme se rapportant à l’appel du vendredi, puisque tous s’accordent à dire que celui qui entend cet appel est tenu de se rendre à la prière. Cette interprétation paraît toutefois peu plausible — et Allah sait mieux —, car voici le texte du hadith rapporté par Abū Hurayra :

« Un aveugle vint trouver le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — et lui dit : “Ô Messager d’Allah, je n’ai personne pour me guider jusqu’à la mosquée.” Il demanda donc au Messager d’Allah la permission de prier chez lui, et celui-ci la lui accorda. Mais, lorsqu’il se détourna pour partir, le Prophète le rappela et lui demanda : “Entends-tu l’appel à la prière ?” Il répondit : “Oui.” Le Prophète lui dit alors : “Réponds donc à l’appel.” »

Le sens apparent de ce récit se prête difficilement à une interprétation visant l’appel du vendredi. En outre, se rendre à la prière du vendredi est obligatoire pour quiconque se trouve dans la ville, même s’il n’entend pas l’appel, et je ne connais aucune divergence sur ce point.

À ce hadith s’oppose également celui de ‘Itbān ibn Mālik, rapporté dans le Muwatta’. Il y est indiqué que ‘Itbān ibn Mālik dirigeait la prière alors qu’il était aveugle et qu’il dit au Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut :

« Il arrive qu’il fasse sombre, qu’il pleuve et que les eaux ruissellent en abondance ; or je suis un homme privé de la vue. Ô Messager d’Allah, viens donc prier chez moi, à un endroit dont je ferai mon lieu de prière. Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — vint alors chez lui et lui demanda : “Où souhaites-tu que je prie ?” Il lui désigna un endroit de la maison, et le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — y pria. »

وَمِمَّا يُقَوِّي هَذَا حَدِيثُ أَبِي هُرَيْرَةَ الْمُتَّفَقُ عَلَى صِحَّتِهِ، وَهُوَ " أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «وَالَّذِي نَفْسِي بِيَدِهِ لَقَدْ هَمَمْتُ أَنْ آمُرَ بِحَطَبٍ فَيُحْطَبَ، ثُمَّ آمُرَ بِالصَّلَاةِ فَيُؤَذَّنَ لَهَا، ثُمَّ آمُرَ رَجُلًا فَيَؤُمَّ النَّاسَ، ثُمَّ أُخَالِفَ إِلَى رِجَالٍ فَأُحَرِّقَ عَلَيْهِمْ بُيُوتَهُمْ، وَالَّذِي نَفْسِي بِيَدِهِ لَوْ يَعْلَمُ أَحَدُهُمْ أَنَّهُ يَجِدُ عَظْمًا سَمِينًا أَوْ مِرْمَاتَيْنِ حَسَنَتَيْنِ لَشَهِدَ الْعِشَاءَ» وَحَدِيثُ ابْنِ مَسْعُودٍ، وَقَالَ فِيهِ «إِنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - عَلَّمَنَا سُنَنَ الْهُدَى، وَإِنَّ مِنْ سُنَنِ الْهُدَى الصَّلَاةَ فِي الْمَسْجِدِ الَّذِي يُؤَذَّنُ فِيهِ " وَفِي بَعْضِ رِوَايَاتِهِ " وَلَوْ تَرَكْتُمْ سُنَّةَ نَبِيِّكُمْ لَضَلَلْتُمْ» ، فَسَلَكَ كُلُّ وَاحِدٍ مِنْ هَذَيْنِ الْفَرِيقَيْنِ مَسْلَكَ الْجَمْعِ بِتَأْوِيلِ حَدِيثِ مُخَالِفِهِ، وَصَرْفِهِ إِلَى ظَاهِرِ الْحَدِيثِ الَّذِي تَمَسَّكَ بِهِ. فَأَمَّا أَهْلُ الظَّاهِرِ فَإِنَّهُمْ قَالُوا: إِنَّ الْمُفَاضَلَةَ لَا يَمْنعُ أَنْ تَقَعَ فِي الْوَاجِبَاتِ أَنْفُسِهَا، أَيْ إِنَّ صَلَاةَ الْجَمَاعَةِ فِي حَقِّ مَنْ فَرْضُهُ صَلَاةُ الْجَمَاعَةِ تَفْضُلُ صَلَاةَ الْمُنْفَرِدِ فِي حَقِّ مَنْ سَقَطَ عَنْهُ وُجُوبُ صَلَاةِ الْجَمَاعَةِ لِمَكَانِ الْعُذْرِ بِتِلْكَ الدَّرَجَاتِ الْمَذْكُورَةِ. قَالُوا: وَعَلَى هَذَا فَلَا تَعَارُضَ بَيْنَ الْحَدِيثَيْنِ، وَاحْتَجُّوا لِذَلِكَ بِقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «صَلَاةُ الْقَاعِدِ عَلَى النِّصْفِ مِنْ صَلَاةِ الْقَائِمِ» وَأَمَّا أُولَئِكَ فَزَعَمُوا أَنَّهُ يُمْكِنُ أَنْ يُحْمَلَ حَدِيثُ الْأَعْمَى عَلَى نِدَاءِ يَوْمِ الْجُمُعَةِ، إِذْ ذَلِكَ هُوَ النِّدَاءُ الَّذِي يَجِبُ عَلَى مَنْ سَمِعَهُ الْإِتْيَانُ إِلَيْهِ بِاتِّفَاقٍ وَهَذَا فِيهِ بُعْدٌ وَاللَّهُ أَعْلَمُ ; لِأَنَّ نَصَّ الْحَدِيثِ هُوَ أَنَّ أَبَا هُرَيْرَةَ قَالَ: «أَتَى النَّبِيَّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - رَجُلٌ أَعْمَى، فَقَالَ: يَا رَسُولَ اللَّهِ إِنَّهُ لَيْسَ لِي قَائِدٌ يَقُودُنِي إِلَى الْمَسْجِدِ، فَسَأَلَ رَسُولَ اللَّهِ أَنْ يُرَخِّصَ لَهُ، فَيُصَلِّيَ فِي بَيْتِهِ، فَرَخَّصَ لَهُ، فَلَمَّا وَلَّى دَعَاهُ فَقَالَ: هَلْ تَسْمَعُ النِّدَاءَ بِالصَّلَاةِ. فقَالَ: نَعَمْ، قَالَ: فَأَجِبْ» وَظَاهِرُ هَذَا يَبْعُدُ أَنْ يُفْهَمَ مِنْهُ نِدَاءُ الْجُمُعَةِ، مَعَ أَنَّ الْإِتْيَانَ إِلَى صَلَاةِ الْجُمُعَةِ وَاجِبٌ عَلَى كُلِّ مَنْ كَانَ فِي الْمِصْرِ وَإِنْ لَمْ يَسْمَعِ النِّدَاءَ، وَلَا أَعْرِفُ فِي ذَلِكَ خِلَافًا. وَعَارَضَ هَذَا الْحَدِيثَ أَيْضًا حَدِيثُ عِتْبَانَ بْنِ مَالِكٍ الْمَذْكُورُ فِي الْمُوَطَّأِ، وَفِيهِ أَنَّ عِتْبَانَ بْنَ مَالِكٍ كَانَ يَؤُمُّ وَهُوَ أَعْمَى، وَأَنَّهُ قَالَ لِرَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - «إِنَّهُ تَكُونُ الظُّلْمَةُ وَالْمَطَرُ، وَالسَّيْلُ، وَأَنَا رَجُلٌ ضَرِيرُ الْبَصَرِ فَصَلِّ يَا رَسُولَ اللَّهِ فِي بَيْتِي مَكَانًا أَتَّخِذُهُ مُصَلًّى، فَجَاءَهُ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فَقَالَ: أَيْنَ تُحِبُّ أَنْ أُصَلِّيَ فَأَشَارَ إِلَى مَكَانٍ مِنَ الْبَيْتِ، فَصَلَّى فِيهِ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -» .

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