Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant au récit transmis, il s’agit du hadith de ‘Āmir ibn Rabī‘a, qui rapporte :

« Nous étions en voyage avec le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — par une nuit obscure. Nous ne pouvions déterminer la direction de la prière. Chacun de nous pria dans une direction, et nous laissâmes des repères. Au matin, nous découvrîmes que nous avions prié dans une autre direction que celle requise. Nous interrogeâmes alors le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut —, qui répondit : “Votre prière est valable.” Et ce verset fut révélé :

“À Allah appartiennent l’Orient et l’Occident. Où que vous vous tourniez, là est la Face d’Allah.”
[al-Baqara : 115] »

Selon cette interprétation, ce verset demeure en vigueur et concerne celui qui découvre, après avoir prié, qu’il ne s’était pas orienté dans la direction requise. La majorité considère toutefois qu’il est abrogé par cette parole du Très-Haut :

« D’où que tu sortes, tourne ton visage vers la Mosquée sacrée. »
[al-Baqara : 149]

Ceux qui ne tiennent pas ce récit pour authentique assimilent donc, par analogie, la délimitation de la direction à celle du temps prescrit. Ceux qui suivent ce récit ne considèrent pas la prière du fidèle comme invalide.

Une question bien connue relève également de ce chapitre : la permission de prier à l’intérieur de la Kaaba.

Les savants divergent à ce sujet : certains l’interdisent sans distinction, d’autres l’autorisent sans distinction, tandis que d’autres encore distinguent les prières surérogatoires des prières obligatoires.

Cette divergence tient à la contradiction entre les récits transmis sur ce point, ainsi qu’à une incertitude : celui qui, à l’intérieur de la Kaaba, se tourne vers l’un de ses murs peut-il être considéré comme faisant face à la Maison sacrée, au même titre que celui qui se tourne vers elle depuis l’extérieur ?

Pour ce qui est des récits transmis, deux hadiths contradictoires ont été rapportés à ce sujet, tous deux authentiques.

Le premier est celui d’Ibn ‘Abbās, qui rapporte :

« Lorsque le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — entra dans la Maison sacrée, il fit des invocations dans tous ses recoins et n’accomplit aucune prière avant d’en sortir. Une fois sorti, il accomplit deux unités de prière face à la Kaaba et dit : “Voilà la direction de la prière.” »

Le second est celui de ‘Abd Allāh ibn ‘Umar :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — entra dans la Kaaba avec Usāma ibn Zayd, ‘Uthmān ibn Talha et Bilāl ibn Rabāh. La porte fut refermée sur lui, et il y demeura quelque temps. À la sortie de Bilāl, je lui demandai ce qu’avait fait le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut. Il répondit : “Il se plaça avec un pilier à sa gauche, un autre à sa droite et trois piliers derrière lui, puis il pria.” »

Ceux qui choisissent de faire prévaloir l’un des deux récits ou de considérer que l’un abroge l’autre interdisent la prière à l’intérieur de la Kaaba sans distinction s’ils font prévaloir le hadith d’Ibn ‘Abbās, ou l’autorisent sans distinction s’ils font prévaloir celui d’Ibn ‘Umar. Ceux qui cherchent à concilier les deux rapportent le hadith d’Ibn ‘Abbās à la prière obligatoire et celui d’Ibn ‘Umar à la prière surérogatoire. Cette conciliation est toutefois difficile : les deux unités de prière que le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — accomplit à l’extérieur de la Kaaba, en disant : « Voilà la direction de la prière », étaient elles-mêmes surérogatoires.

وَأَمَّا الْأَثَرُ، فَحَدِيثُ عَامِرِ بْنِ رَبِيعَةَ قَالَ: «كُنَّا مَعَ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فِي لَيْلَةٍ ظَلْمَاءَ فِي سَفَرٍ، فَخَفِيَتْ عَلَيْنَا الْقِبْلَةُ، فَصَلَّى كُلُّ وَاحِدٍ مِنَّا إِلَى وَجْهٍ وَعَلَّمْنَا، فَلَمَّا أَصْبَحْنَا، فَإِذَا نَحْنُ قَدْ صَلَّيْنَا إِلَى غَيْرِ الْقِبْلَةِ، فَسَأَلْنَا رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فَقَالَ: مَضَتْ صَلَاتُكُمْ، وَنَزَلَتْ: {وَلِلَّهِ الْمَشْرِقُ وَالْمَغْرِبُ فَأَيْنَمَا تُوَلُّوا فَثَمَّ وَجْهُ اللَّهِ} [البقرة: ١١٥] » وَعَلَى هَذَا فَتَكُونُ هَذِهِ الْآيَةُ مُحْكَمَةً، وَتَكُونُ فِيمَنْ صَلَّى فَانْكَشَفَ لَهُ أَنَّهُ صَلَّى لِغَيْرِ الْقِبْلَةِ، وَالْجُمْهُورُ عَلَى أَنَّهَا مَنْسُوخَةٌ بِقَوْلِهِ تَعَالَى: {وَمِنْ حَيْثُ خَرَجْتَ فَوَلِّ وَجْهَكَ شَطْرَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ} [البقرة: ١٤٩] فَمَنْ لَمْ يَصِحَّ عِنْدَهُ هَذَا الْأَثَرُ قَاسَ مِيقَاتَ الْجِهَةِ عَلَى مِيقَاتِ الزَّمَانِ، وَمَنْ ذَهَبَ مَذْهَبَ الْأَثَرِ لَمْ تَبْطُلْ صَلَاتُهُ. وَفِي هَذَا الْبَابِ مَسْأَلَةٌ مَشْهُورَةٌ، وَهِيَ جَوَازُ الصَّلَاةِ فِي دَاخِلِ الْكَعْبَةِ. وَقَدِ اخْتَلَفُوا فِي ذَلِكَ، فَمِنْهُمْ مَنْ مَنَعَهُ عَلَى الْإِطْلَاقِ، وَمِنْهُمْ مَنْ أَجَازَهُ عَلَى الْإِطْلَاقِ، وَمِنْهُمْ مَنْ فَرَّقَ بَيْنَ النَّفْلِ فِي ذَلِكَ وَالْفَرْضِ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ تَعَارُضُ الْآثَارِ فِي ذَلِكَ، وَالِاحْتِمَالُ الْمُتَطَرِّقُ لِمَنِ اسْتَقْبَلَ أَحَدَ حِيطَانِهَا مِنْ دَاخِلٍ هَلْ يُسَمَّى مُسْتَقْبِلًا لِلْبَيْتِ كَمَا يُسَمَّى مَنِ اسْتَقْبَلَهُ مِنْ خَارِجٍ أَمْ لَا؟ . أَمَّا الْأَثَرُ، فَإِنَّهُ وَرَدَ فِي ذَلِكَ حَدِيثَانِ مُتَعَارِضَانِ كِلَاهُمَا ثَابِتٌ: أَحَدُهُمَا حَدِيثُ ابْنِ عَبَّاسٍ قَالَ: «لَمَّا دَخَلَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - الْبَيْتَ دَعَا فِي نَوَاحِيهِ كُلِّهَا وَلَمْ يُصَلِّ حَتَّى خَرَجَ، فَلَمَّا خَرَجَ رَكَعَ رَكْعَتَيْنِ فِي قُبُلِ الْكَعْبَةِ وَقَالَ: هَذِهِ الْقِبْلَةُ» . وَالثَّانِي حَدِيثُ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ عُمَرَ: «أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - دَخَلَ الْكَعْبَةَ هُوَ وَأُسَامَةُ بْنُ زَيْدٍ وَعُثْمَانُ بْنُ طَلْحَةَ وَبِلَالُ بْنُ رَبَاحٍ، فَأَغْلَقَهَا عَلَيْهِ وَمَكَثَ فِيهَا، فَسَأَلْتُ: بِلَالًا حِينَ خَرَجَ مَاذَا صَنَعَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فَقَالَ: جَعَلَ عَمُودًا عَنْ يَسَارِهِ وَعَمُودًا عَنْ يَمِينِهِ، وَثَلَاثَةَ أَعْمِدَةٍ وَرَاءَهُ، ثُمَّ صَلَّى» . فَمَنْ ذَهَبَ مَذْهَبَ التَّرْجِيحِ أَوِ النَّسْخِ قَالَ: إِمَّا بِمَنْعِ الصَّلَاةِ مُطْلَقًا إِنْ رَجَّحَ حَدِيثَ ابْنِ عَبَّاسٍ، وَإِمَّا بِإِجَازَتِهَا مُطْلَقًا إِنْ رَجَّحَ حَدِيثَ ابْنِ عُمَرَ، وَمَنْ ذَهَبَ مَذْهَبَ الْجَمْعِ بَيْنَهُمَا حَمَلَ حَدِيثَ ابْنِ عَبَّاسٍ عَلَى الْفَرْضِ وَحَدِيثَ ابْنِ عُمَرَ عَلَى النَّفْلِ، وَالْجَمْعُ بَيْنَهُمَا فِيهِ عَسِرٌ، فَإِنَّ الرَّكْعَتَيْنِ اللَّتَيْنِ صَلَّاهُمَا - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - خَارِجَ الْكَعْبَةِ، وَقَالَ «هَذِهِ الْقِبْلَةُ» هِيَ نَفْلٌ.

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