est-il tenu de s’orienter avec exactitude ou seulement de s’efforcer de déterminer la bonne orientation ? Par exactitude, j’entends le fait de s’orienter effectivement dans la direction requise, ou vers l’édifice même selon ceux qui l’exigent. Certains considèrent donc qu’il faut viser l’édifice même, tandis que d’autres estiment qu’il suffit de s’orienter dans sa direction.
Cette divergence tient à la question suivante : la parole du Très-Haut :
« Tourne donc ton visage vers la Mosquée sacrée. »
[al-Baqara : 144]
comporte-t-elle un terme sous-entendu, de sorte qu’il faudrait comprendre : « D’où que tu sortes, tourne ton visage dans la direction de la Mosquée sacrée » ? Ou ne comporte-t-elle aucun terme sous-entendu, ses mots devant être pris au sens propre ?
Ceux qui supposent un terme sous-entendu considèrent que l’obligation porte sur la direction ; ceux qui n’en supposent aucun considèrent qu’elle porte sur l’édifice même. Or, il faut comprendre les mots au sens propre tant qu’aucune preuve ne justifie de leur donner un sens figuré. On peut toutefois soutenir que cette parole du Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — constitue la preuve d’un tel sous-entendu :
« L’espace compris entre l’est et l’ouest constitue la direction de la prière, dès lors qu’on s’oriente vers la Maison sacrée. »
Ils ajoutent que l’accord des musulmans sur la possibilité de former un long rang à l’extérieur de la Kaaba montre que l’obligation ne consiste pas à viser l’édifice même — je veux dire lorsque la Kaaba n’est pas visible.
Pour ma part, je dis que, s’il était obligatoire de viser l’édifice même, cela constituerait une gêne. Or, le Très-Haut a dit :
« Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion. »
[al-Hajj : 78]
En effet, même au moyen de la géométrie et d’observations astronomiques, on ne peut viser l’édifice même qu’approximativement et avec une certaine marge d’erreur. Qu’en serait-il donc avec les autres moyens de recherche ? Pourtant, nous ne sommes pas tenus de déterminer cette orientation au moyen d’une géométrie fondée sur les observations astronomiques dont on déduit la longitude et la latitude des lieux.
Quant à la seconde question, elle consiste à savoir si celui qui cherche à déterminer la direction de la prière est tenu de trouver la bonne orientation ou seulement de s’efforcer de la déterminer. Si nous disons qu’il est tenu de trouver la bonne orientation, il doit recommencer sa prière dès qu’il découvre son erreur. Si nous disons que seul l’effort de recherche lui incombe, il n’est pas tenu de la recommencer lorsqu’il découvre son erreur, dès lors qu’il a prié dans la direction à laquelle sa recherche l’avait conduit.
Al-Shāfi‘ī soutient qu’il est tenu de trouver la bonne orientation et que, s’il découvre son erreur, il doit recommencer sa prière, quel que soit le temps écoulé. D’autres disent qu’il ne la recommence pas et que sa prière demeure valable, sauf s’il a délibérément choisi une mauvaise direction ou prié sans chercher à la déterminer. C’est l’avis de Mālik et d’Abū Hanīfa, à ceci près que Mālik recommande de recommencer la prière tant que son temps prescrit n’est pas écoulé.
Cette divergence vient de l’opposition entre le récit transmis et le raisonnement par analogie, à laquelle s’ajoute une divergence sur l’authenticité du récit rapporté à ce sujet.
Le raisonnement par analogie consiste à assimiler la direction au temps (je veux dire au temps prescrit de la prière). En effet, les savants s’accordent à considérer que, pour celui-ci, l’obligation est de le respecter effectivement : si le fidèle découvre qu’il a prié avant l’entrée du temps prescrit, il doit recommencer sa prière, quel que soit le temps écoulé. Font exception une opinion isolée rapportée d’Ibn ‘Abbās et d’al-Sha‘bī, ainsi que cet avis rapporté de Mālik : lorsqu’un voyageur, par ignorance, accomplit la prière du soir avant la disparition de la lueur crépusculaire, puis découvre qu’il l’a accomplie avant sa disparition, sa prière demeure valable. Le point commun entre les deux cas est qu’il s’agit, dans l’un, d’une délimitation dans le temps et, dans l’autre, d’une délimitation de la direction.