Ainsi, leur divergence tient à la question de savoir si l’adhān fait partie des paroles propres à la prière ou s’il a pour but de rassembler les fidèles.
[Troisième partie de la première section : l’heure de l’adhān]
Troisième partie de la première section : son horaire
Tous s’accordent à dire que l’adhān ne doit pas être prononcé avant l’entrée du temps de la prière, sauf pour celle de l’aube, au sujet de laquelle ils divergent. Mālik et al-Shāfi‘ī permettent de le prononcer avant l’aube, tandis qu’Abū Hanīfa l’interdit.
Certains estiment que, si l’adhān de cette prière est prononcé avant l’aube, il faut nécessairement en prononcer un autre après son apparition, car, selon eux, l’adhān obligatoire est celui qui a lieu après l’aube.
Abū Muhammad ibn Hazm dit : « Il faut nécessairement un adhān après l’entrée du temps de cette prière. Il est permis d’en prononcer un avant, à condition que les deux appels ne soient séparés que par un bref intervalle, le temps que le premier muezzin descende et que le second monte. »
Leur divergence vient de ce que deux hadiths contradictoires ont été rapportés à ce sujet.
Le premier est le hadith bien connu et solidement établi dans lequel le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — dit :
« Bilāl lance l’appel pendant la nuit. Mangez donc et buvez jusqu’à ce qu’Ibn Umm Maktūm lance l’appel. »
Ibn Umm Maktūm était aveugle et ne lançait l’appel que lorsqu’on lui disait : « L’aube est apparue ! L’aube est apparue ! »
Le second est le récit rapporté d’Ibn ‘Umar — qu’Allah les agrée tous deux :
« Bilāl prononça l’adhān avant l’apparition de l’aube. Le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — lui ordonna alors de retourner proclamer : “Sachez que le serviteur s’est endormi !” »
Le hadith des gens du Hijāz est plus solidement établi. Celui des gens de Kūfa a également été rapporté par Abū Dāwūd et jugé authentique par de nombreux savants. Face à ces deux hadiths, les savants ont adopté soit la démarche consistant à les concilier, soit celle consistant à donner la prépondérance à l’un d’eux.
Les gens du Hijāz ont retenu cette seconde démarche. Ils disent : « Le hadith relatif à Bilāl est plus solidement établi ; il s’impose donc davantage de s’y conformer. »
Les gens de Kūfa, quant à eux, ont cherché à concilier les deux récits. Ils disent qu’il est possible que Bilāl ait lancé l’appel à un moment où il doutait de l’apparition de l’aube, car sa vue était faible, tandis qu’Ibn Umm Maktūm le lançait à un moment où l’apparition de l’aube était certaine. Ils s’appuient sur ce qui est rapporté de ‘Ā’isha :
« Leurs deux adhān n’étaient séparés que par le temps nécessaire pour que l’un descende et que l’autre monte. »
Quant à ceux qui préconisent de pratiquer les deux appels — c’est-à-dire de prononcer l’adhān avant l’aube puis après son apparition —, ils s’en tiennent au sens apparent des récits rapportés à ce sujet pour la seule prière de l’aube : à l’époque du Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut —, deux muezzins lançaient l’appel pour cette prière, Bilāl et Ibn Umm Maktūm.