Il existe deux avis pondérés à ce sujet ; quant au pèlerinage majeur et à la ʿumra, leur intention ne s’annule absolument jamais.
S’agissant d’un léger décalage de l’intention par rapport à son lieu – qui est le visage –, par exemple lorsqu’il la conçoit en quittant son domicile pour se rendre au bain public dans une cité telle que Médine la Lumineuse, les juristes divergent : l’ablution est-elle, oui ou non, valable ? Si l’intention précède de beaucoup, l’invalidité fait l’unanimité, de même que lorsque l’intention est retardée, l’acte étant alors dépourvu de son moteur.
L’auteur entame ensuite l’exposé des actes sunna de l’ablution et déclare :
« Ses sunna sont au nombre de huit. La première consiste à se laver les deux mains jusqu’aux poignets en premier, c’est-à-dire avant de les plonger dans le récipient, comme le stipule le texte, pour peu que l’eau soit stagnante, équivalente à la contenance d’un récipient d’ablution ou de grand lavage, et que l’on puisse l’en verser. Autrement, il y plonge les mains pourvu qu’elles soient propres ou qu’elles ne souillent pas l’eau ; sinon, il trouvera un moyen de les laver en dehors du récipient, faute de quoi il délaissera l’eau et accomplira le tayammum, étant alors assimilé à qui ne dispose pas d’eau. Quant à l’eau courante, quelle qu’en soit la quantité, ou à une grande masse d’eau, la sunna ne dépend pas du lavage des mains à l’extérieur.
Les laver trois fois fait partie de la perfection de la sunna, ainsi que le laisse entendre le texte, et cela a été retenu. D’aucuns estiment néanmoins que la sunna est acquise dès la première fois. Doubler ou tripler le lavage a également été favorisé, pure adoration et non simple souci de propreté. »
Commentaire d’ad-Dusûqî
— L’abandon de l’intention est donc pardonné après l’achèvement de l’acte, mais non pendant son exécution : il nuit alors et entraîne son invalidation.
— « Deux avis pondérés » : le plus solide incline toutefois vers l’absence de nullité, comme l’a établi notre maître.
— « Le pèlerinage majeur et la ʿumra ne s’annulent jamais » : que le rejet de l’intention survienne pendant ou après l’accomplissement. L’auteur reste muet sur l’iʿtikāf ; or celui-ci suit la règle de la prière, puisqu’il la comprend : il est annulé par le rejet d’intention pendant l’acte, et après selon l’un des deux avis prépondérants – certains le rangent, ici encore, sous la même règle que l’ablution.
— Quant au tayammum, il se trouve annulé par l’abandon d’intention durant l’acte comme après, sans divergence, car il s’agit d’une purification jugée « faible » ; certains, toutefois, l’ont assimilé à l’ablution.
— Il reste à noter que renoncer à l’ablution volontairement est permis, tout comme il est admissible de provoquer un contact cutané ou l’émission d’un vent sans nécessité – seul le pèlerinage appelle ici réflexion.
— S’agissant du jeûne et de la prière, l’interdiction est de mise. Certains maîtres distinguent entre rejeter l’intention et rompre l’ablution : ils prohibent le premier, non le second, invoquant la parole du Très-Haut : « Ne rendez pas vaines vos œuvres » (Muḥammad, 33) – l’ablution étant une « œuvre ». Notre maître précise toutefois que le terme « œuvres » vise les objectifs, non les moyens ; dès lors, renoncer à l’ablution, comme la rompre, demeure permis, et c’est l’opinion retenue.
— « Si elle la précède d’un bref instant » : c’est-à-dire selon l’usage. Ainsi, si l’on demandait au fidèle, au moment même où il commence l’ablution : « Que fais-tu ? », il ne répondrait pas : « Je fais mes ablutions » ; l’intention n’est alors qu’implicite.
— « Divergence » : al-Māzirī, Ibn Bazīza et ash-Shabībī font pencher vers l’invalidité ; Ibn Rushd, Ibn ʿAbd as-Salām et al-Juzūlī vers la validité, au motif que ce qui jouxte une chose en reçoit la qualification. L’auteur s’est donc exprimé par le terme « divergence ». Notre maître précise en marge que l’opinion correcte est celle de la validité.
— « Si elle est retardée » : l’ablution n’est alors pas valide, qu’il s’agisse d’un retard minime ou important.
— Sunna de l’ablution : « avant de les plonger dans le récipient » ne signifie pas avant tout autre acte (rinçage de la bouche, aspiration de l’eau dans le nez, etc.), que l’on puise à un fleuve, un bassin ou un vase ; il s’agit plutôt ici de l’ordre des sunna, simple recommandation.
— Sache que le lavage des mains avant de les plonger dans le récipient est sujet à deux avis. Le premier le demande de façon absolue ; le second, suivi par le commentateur et considéré comme décisif, ne l’exige que si l’eau est stagnante, d’un volume équivalant à celui d’un récipient d’ablution ou de grand lavage, et qu’il soit possible d’en verser. Si l’une de ces trois conditions manque, la sunna n’exige plus le lavage des mains à l’extérieur.
— « Autrement, il les plonge » : ce renvoi ne concerne que la dernière des trois conditions, à savoir la possibilité de puiser.
— « Ou il s’ingénie… » : s’il craint de souiller l’eau, il recourt à un subterfuge pour laver ses mains hors du récipient, fût-ce en transportant de l’eau dans sa bouche ou à l’aide de son vêtement. On n’objectera pas que transporter l’eau dans la bouche constitue une appropriation, car, même si tel était le cas, cela lui sert à éliminer d’abord la souillure.
— « Puis il accomplit le tayammum » : si aucun subterfuge n’est envisageable.
— « Quelle qu’en soit la quantité » : abondante ou non.
— « Une grande quantité » : de l’eau stagnante dépassant la contenance d’un récipient de grand lavage.
— « La sunna ne dépend pas… » : qu’il lave ses mains dedans ou dehors, la sunna est acquise.
— « Cet avis aussi a été privilégié » : notre maître estime qu’il l’emporte sur le premier.
— « Par pure adoration » : tel est l’avis d’Ibn al-Qāsim. Ashhab, lui, considère l’acte rationnellement motivé et invoque le ḥadith : « Lorsque l’un de vous se réveille, qu’il lave ses mains trois fois avant de les plonger dans le récipient, car nul ne sait où sa main a passé la nuit. » L’explication fondée sur le doute prouve, selon lui, que l’acte est motivé ; Ibn al-Qāsim s’y est opposé.