c’est-à-dire Son pardon et Ses bienfaits.
(Celui dont le cœur est brisé)
On dit : « Un tel a le cœur brisé », c’est-à-dire qu’il est triste, démuni, humilié, parce qu’on ne fait aucun cas de lui. Par « khâṭir » on entend le cœur. En langue propre, la « brisure » désigne la dislocation des parties d’un corps compact, dur et sec, comme la pierre ou le bâton ; pour une matière souple, sa division s’appelle « section », comme pour la chair ou l’étoffe. Employer le mot « khâṭir » – qui renvoie à ce qui traverse le cœur – relève donc d’une métonymie : on évoque l’état et l’on vise le siège. Puis le cœur est comparé à un objet solide, tel un caillou éclaté dont on ne tire plus profit et que l’on méprise ; la métaphore implicite repose, dans les deux cas, sur l’idée d’abandon, et l’attribution de la brisure est une figure suggestive. L’expression sert enfin d’allusion à son état de tristesse, d’indigence et d’humilité, puisque les véridiques parmi les amis d’Allah ne lui accordent aucune considération.
(par la rareté des œuvres) pieuses (et de la taqwâ) – c’est-à-dire du fait qu’il accomplit peu les prescriptions et se garde mal des interdits. Tel est le comportement des serviteurs véridiques, savants et pratiquants : ils se définissent eux-mêmes par l’humilité et l’abaissement, ne s’attribuent aucune œuvre, aucune taqwâ ni aucun mérite, et c’est ainsi qu’ils connaissent leur Seigneur.
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[Annotation d’ad-Dasûqî]
Quant aux deux termes « al-faqîr » et « al-muḍṭarr », c’est le second qui régit le complément ; si l’on avait fait agir le premier, il eût fallu sous-entendre un pronom dans le second – on dirait alors : « le muḍṭarr pour elle, pour la miséricorde de son Seigneur ». Ici, la préposition lâm signifie « vers » ; on ne peut y voir une lâm de cause, car la miséricorde est cause de richesse, non de pauvreté : relevant de l’attribut de Beauté, elle ne saurait engendrer la privation. L’auteur l’a préférée à ilâ par souci de concision. On ne peut pas non plus y voir une lâm de transitivité : la pauvreté et la contrainte se construisent avec ilâ, indiquant que l’extrême dénuement le pousse à se réfugier dans la miséricorde de son Seigneur.
(Sa parole : « c’est-à-dire Son pardon et Ses bienfaits »)
Il indique que la miséricorde est un attribut d’acte ; mais elle peut aussi renvoyer à la volonté de gratifier, devenant alors un attribut d’essence. « Rabb » signifie le Possesseur et le Maître, ou Celui qui élève et fait parvenir peu à peu à la perfection.
(Sa parole : « khâṭiruhû ») – au nominatif : sujet du participe « munkasir ».
(Sa parole : « dont on ne tient aucun compte ») – c’est-à-dire dont on ne se soucie pas.
(Sa parole : « les parties du corps continu ») – c’est-à-dire d’une chose compacte ; « ṣulb » se lit avec ḍamma sur le ṣād.
(Sa parole : « en nommant l’état tout en visant le siège »)
a) relation d’état selon l’opinion qui voit là la qualification du transférant ;
ou b) relation de lieu selon celle qui y voit la qualification du transféré ;
ou encore les deux à la fois, puisqu’on tient compte des deux qualificatifs.
(Sa parole : « puis il l’a assimilé »)
c’est-à-dire : il a assimilé le cœur à un objet dur, etc. Dans cette métaphore cachée, le terme comparé n’est pas exprimé, à l’exemple de : « Allah lui a fait goûter la tunique de la faim et de la peur » (an-Naḥl, 112).
On peut dire encore : il a employé « khâṭir » pour « cœur » par métonymie (relation d’état), puis il a comparé la tristesse du cœur à la brisure, empruntant l’idée de fracture pour exprimer la peine ; de là est dérivé « munkasir » au sens de « triste ». Le sens devient donc : « un cœur triste et humble par manque d’œuvres », etc., sans allusion supplémentaire.
Ou bien l’expression « al-munkasir khâṭiruhû » signifie « celui dont le cœur souffre » : il emploie « khâṭir » pour désigner son siège – le cœur – et applique la notion de brisure, qui est la dislocation des parties, à ce qui en résulte : la souffrance, par métonymie (relation d’état dans le premier cas, de causalité dans le second).
(Sa parole : « Puis il en a fait une allusion », etc.)
(Sa parole : « par le manque d’œuvres »)
C’est la cause de la brisure de son cœur. L’auteur a sous-entendu l’épithète « sâliḥ » (vertueuses) pour que la motivation soit valable, car le cœur ne souffre que du manque d’œuvres vertueuses ; l’omission est justifiée par le contexte. La coordination de la taqwâ aux œuvres est celle du particulier au général : l’acte peut être, ou non, conformité à l’ordre.
(Sa parole : « ils se sont définis »)
à savoir : qu’ils se définissent eux-mêmes par l’humilité ; cela provoque la connaissance de leur Seigneur, laquelle, à son tour, les établit auprès de Lui en un siège de véridicité.