al-Sharḥ al-Kabīr wa-Ḥāshiyat al-DusūqīMohamed Ibn Ahmad al-Dusuqi

c’est-à-dire Son pardon et Ses bienfaits.

(Celui dont le cœur est brisé)

On dit : « Un tel a le cœur brisé », c’est-à-dire qu’il est triste, démuni, humilié, parce qu’on ne fait aucun cas de lui. Par « khâṭir » on entend le cœur. En langue propre, la « brisure » désigne la dislocation des parties d’un corps compact, dur et sec, comme la pierre ou le bâton ; pour une matière souple, sa division s’appelle « section », comme pour la chair ou l’étoffe. Employer le mot « khâṭir » – qui renvoie à ce qui traverse le cœur – relève donc d’une métonymie : on évoque l’état et l’on vise le siège. Puis le cœur est comparé à un objet solide, tel un caillou éclaté dont on ne tire plus profit et que l’on méprise ; la métaphore implicite repose, dans les deux cas, sur l’idée d’abandon, et l’attribution de la brisure est une figure suggestive. L’expression sert enfin d’allusion à son état de tristesse, d’indigence et d’humilité, puisque les véridiques parmi les amis d’Allah ne lui accordent aucune considération.

(par la rareté des œuvres) pieuses (et de la taqwâ) – c’est-à-dire du fait qu’il accomplit peu les prescriptions et se garde mal des interdits. Tel est le comportement des serviteurs véridiques, savants et pratiquants : ils se définissent eux-mêmes par l’humilité et l’abaissement, ne s’attribuent aucune œuvre, aucune taqwâ ni aucun mérite, et c’est ainsi qu’ils connaissent leur Seigneur.

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[Annotation d’ad-Dasûqî]

Quant aux deux termes « al-faqîr » et « al-muḍṭarr », c’est le second qui régit le complément ; si l’on avait fait agir le premier, il eût fallu sous-entendre un pronom dans le second – on dirait alors : « le muḍṭarr pour elle, pour la miséricorde de son Seigneur ». Ici, la préposition lâm signifie « vers » ; on ne peut y voir une lâm de cause, car la miséricorde est cause de richesse, non de pauvreté : relevant de l’attribut de Beauté, elle ne saurait engendrer la privation. L’auteur l’a préférée à ilâ par souci de concision. On ne peut pas non plus y voir une lâm de transitivité : la pauvreté et la contrainte se construisent avec ilâ, indiquant que l’extrême dénuement le pousse à se réfugier dans la miséricorde de son Seigneur.

(Sa parole : « c’est-à-dire Son pardon et Ses bienfaits »)

Il indique que la miséricorde est un attribut d’acte ; mais elle peut aussi renvoyer à la volonté de gratifier, devenant alors un attribut d’essence. « Rabb » signifie le Possesseur et le Maître, ou Celui qui élève et fait parvenir peu à peu à la perfection.

(Sa parole : « khâṭiruhû ») – au nominatif : sujet du participe « munkasir ».

(Sa parole : « dont on ne tient aucun compte ») – c’est-à-dire dont on ne se soucie pas.

(Sa parole : « les parties du corps continu ») – c’est-à-dire d’une chose compacte ; « ṣulb » se lit avec ḍamma sur le ṣād.

(Sa parole : « en nommant l’état tout en visant le siège »)

a) relation d’état selon l’opinion qui voit là la qualification du transférant ;
ou b) relation de lieu selon celle qui y voit la qualification du transféré ;
ou encore les deux à la fois, puisqu’on tient compte des deux qualificatifs.

(Sa parole : « puis il l’a assimilé »)

c’est-à-dire : il a assimilé le cœur à un objet dur, etc. Dans cette métaphore cachée, le terme comparé n’est pas exprimé, à l’exemple de : « Allah lui a fait goûter la tunique de la faim et de la peur » (an-Naḥl, 112).

On peut dire encore : il a employé « khâṭir » pour « cœur » par métonymie (relation d’état), puis il a comparé la tristesse du cœur à la brisure, empruntant l’idée de fracture pour exprimer la peine ; de là est dérivé « munkasir » au sens de « triste ». Le sens devient donc : « un cœur triste et humble par manque d’œuvres », etc., sans allusion supplémentaire.

Ou bien l’expression « al-munkasir khâṭiruhû » signifie « celui dont le cœur souffre » : il emploie « khâṭir » pour désigner son siège – le cœur – et applique la notion de brisure, qui est la dislocation des parties, à ce qui en résulte : la souffrance, par métonymie (relation d’état dans le premier cas, de causalité dans le second).

(Sa parole : « Puis il en a fait une allusion », etc.)

(Sa parole : « par le manque d’œuvres »)

C’est la cause de la brisure de son cœur. L’auteur a sous-entendu l’épithète « sâliḥ » (vertueuses) pour que la motivation soit valable, car le cœur ne souffre que du manque d’œuvres vertueuses ; l’omission est justifiée par le contexte. La coordination de la taqwâ aux œuvres est celle du particulier au général : l’acte peut être, ou non, conformité à l’ordre.

(Sa parole : « ils se sont définis »)

à savoir : qu’ils se définissent eux-mêmes par l’humilité ; cela provoque la connaissance de leur Seigneur, laquelle, à son tour, les établit auprès de Lui en un siège de véridicité.

أَيْ عَفْوِهِ وَإِنْعَامِهِ (الْمُنْكَسِرُ خَاطِرُهُ) يُقَالُ فُلَانٌ مُنْكَسِرُ الْخَاطِرِ أَيْ حَزِينٌ مِسْكِينٌ ذَلِيلٌ لِكَوْنِهِ لَا يُعْبَأُ بِهِ وَالْمُرَادُ بِالْخَاطِرِ الْقَلْبُ وَحَقِيقَةُ الِانْكِسَارِ تَفَرُّقُ أَجْزَاءِ الْمُتَّصِلِ الصُّلْبِ الْيَابِسِ كَالْحَجَرِ وَالْعَصَا بِخِلَافِ اللَّيِّنِ فَإِنَّ تَفَرُّقَ أَجْزَائِهِ يُسَمَّى قَطْعًا كَاللَّحْمِ وَالثَّوْبِ فَإِطْلَاقُ الْخَاطِرِ وَهُوَ مَا يَخْطِرُ فِي الْقَلْبِ مِنْ الْوَارِدَاتِ عَلَى الْقَلْبِ مَجَازٌ مُرْسَلٌ مِنْ إطْلَاقِ الْحَالِّ وَإِرَادَةِ الْمَحَلِّ ثُمَّ شَبَّهَهُ بِشَيْءٍ صُلْبٍ كَحَجَرٍ تَفَرَّقَتْ أَجْزَاؤُهُ بِحَيْثُ صَارَ لَا يُنْتَفَعُ بِهِ وَلَا يُعْبَأُ بِهِ بِجَامِعِ الْإِهْمَالِ فِي كُلٍّ عَلَى طَرِيقَةِ الْمَكْنِيَّةِ وَإِثْبَاتُ الِانْكِسَارِ تَخْيِيلِيَّةٌ ثُمَّ هُوَ كِنَايَةٌ عَنْ كَوْنِهِ حَزِينًا مِسْكِينًا ذَلِيلًا لِكَوْنِهِ لَا يُعْبَأُ بِهِ عِنْدَ أَهْلِ اللَّهِ الصِّدِّيقِينَ (لِقِلَّةِ الْعَمَلِ) الصَّالِحِ (وَالتَّقْوَى) أَيْ امْتِثَالِ الْمَأْمُورَاتِ وَاجْتِنَابِ الْمَنْهِيَّاتِ وَهَكَذَا شَأْنُ الْعَبِيدِ الصِّدِّيقِينَ مِنْ الْعُلَمَاءِ الْعَامِلِينَ عَرَّفُوا أَنْفُسَهُمْ بِالذُّلِّ وَالْهَوَانِ وَلَمْ يُثْبِتُوا لَهَا عَمَلًا وَلَا تَقْوًى وَلَا فَضْلَ إحْسَانٍ فَعَرَفُوا رَبَّهُمْ ــ [حاشية الدسوقي] وَالْمُضْطَرِّ وَأُعْمِلَ الثَّانِي إذْ لَوْ أُعْمِلَ الْأَوَّلُ لَوَجَبَ أَنْ يُضْمَرَ فِي الثَّانِي بِحَيْثُ يَقُولُ الْمُضْطَرُّ لَهَا لِرَحْمَةِ رَبِّهِ وَاللَّامُ بِمَعْنَى إلَى وَلَا يَجُوزُ أَنْ تَكُونَ لِلتَّعْلِيلِ لِفَسَادِ الْمَعْنَى؛ لِأَنَّ الرَّحْمَةَ عِلَّةٌ لِلْغِنَى لَا لِلْفَقْرِ؛ لِأَنَّ رَحْمَتَهُ صِفَةُ جَمَالٍ لَا يَصْدُرُ عَنْهَا الْفَقْرُ وَآثَرَ اللَّامَ عَلَى إلَى لِلِاخْتِصَارِ وَلَا يَجُوزُ أَنْ تَكُونَ اللَّامُ لِلتَّعَدِّيَةِ؛ لِأَنَّ الْفَقْرَ وَالِاضْطِرَارَ يَتَعَدَّيَانِ بِإِلَى أَيْ غَايَةُ فَقْرِهِ وَاضْطِرَارِهِ إلَى أَنْ يَلُوذَ بِرَحْمَةِ رَبِّهِ (قَوْلُهُ: أَيْ عَفْوِهِ وَإِنْعَامِهِ) أَشَارَ إلَى أَنَّ الرَّحْمَةَ صِفَةُ فِعْلٍ وَيَصِحُّ أَنْ يُرَادَ بِهَا إرَادَةُ إنْعَامِهِ فَتَكُونُ صِفَةَ ذَاتٍ، وَالرَّبُّ مَعْنَاهُ الْمَالِكُ وَالسَّيِّدُ أَوْ بِمَعْنَى الْمُرَبِّي وَالْمُبَلِّغِ لَهُ شَيْئًا فَشَيْئًا (قَوْلُهُ: خَاطِرُهُ) بِالرَّفْعِ فَاعِلٌ لِلْمُنْكَسِرِ (قَوْلُهُ: لَا يُعْبَأُ بِهِ) أَيْ لَا يُعْتَنَى بِهِ (قَوْلُهُ: أَجْزَاءِ الْمُتَّصِلِ) أَيْ أَجْزَاءِ الشَّيْءِ الْمُتَّصِلِ وَقَوْلُهُ: الصُّلْبِ بِضَمِّ الصَّادِ (قَوْلُهُ: مِنْ إطْلَاقِ الْحَالِّ وَإِرَادَةِ الْمَحَلِّ) أَيْ وَالْعَلَاقَةُ الْحَالِّيَّةُ بِنَاءً عَلَى التَّحْقِيقِ مِنْ أَنَّهَا وَصْفُ الْمُنْتَقَلِ مِنْهُ أَوْ الْمَحَلِّيَّةُ بِنَاءً عَلَى أَنَّهَا وَصْفُ الْمُنْتَقَلِ إلَيْهِ أَوْ الْحَالِّيَّةُ وَالْمَحَلِّيَّةُ مَعًا بِنَاءً عَلَى أَنَّهُ يُعْتَبَرُ فِي الْعَلَاقَةِ وَصْفُ كُلٍّ مِنْ الْمُنْتَقَلِ مِنْهُ وَالْمُنْتَقَلِ إلَيْهِ (قَوْلُهُ: ثُمَّ شَبَّهَهُ) أَيْ الْقَلْبَ بِشَيْءٍ صُلْبٍ إلَخْ فَلَفْظُ الْمُشَبَّهِ فِي هَذِهِ الِاسْتِعَارَةِ الْمَكِنِيَّةِ لَيْسَ مَذْكُورًا بِلَفْظِهِ الْمَوْضُوعِ لَهُ فَهُوَ عَلَى حَدِّ مَا قِيلَ فِي قَوْله تَعَالَى {فَأَذَاقَهَا اللَّهُ لِبَاسَ الْجُوعِ وَالْخَوْفِ} [النحل: ١١٢] اهـ وَلَك أَنْ تَقُولَ: إنَّهُ أَطْلَقَ الْخَاطِرَ عَلَى الْقَلْبِ مَجَازًا مُرْسَلًا لِعَلَاقَةِ الْحَالِّيَّةِ ثُمَّ شَبَّهَ حُزْنَ الْقَلْبِ بِالِانْكِسَارِ وَاسْتَعَارَ الِانْكِسَارَ لِلْحُزْنِ وَاشْتُقَّ مِنْ الِانْكِسَارِ مُنْكَسِرٌ بِمَعْنَى حَزِينٌ وَحِينَئِذٍ فَالْمَعْنَى حَزِينُ الْقَلْبِ وَذَلِيلُهُ لِقِلَّةِ الْعَمَلِ إلَخْ وَعَلَى هَذَا فَلَا كِنَايَةَ وَلَا شَيْءَ اهـ أَوْ أَنَّ مَعْنَى قَوْلِهِ الْمُنْكَسِرُ خَاطِرُهُ الْمُتَأَلِّمُ قَلْبُهُ فَأَطْلَقَ الْخَاطِرَ وَأَرَادَ مَحَلَّهُ وَهُوَ الْقَلْبُ وَأَطْلَقَ الِانْكِسَارَ الَّذِي هُوَ تَفَرُّقُ الْأَجْزَاءِ عَلَى مَا يَتَسَبَّبُ عَنْهُ وَهُوَ التَّأَلُّمُ مَجَازًا مُرْسَلًا لِعَلَاقَةِ الْحَالِّيَّةِ فِي الْأَوَّلِ وَالسَّبَبِيَّةِ فِي الثَّانِي (قَوْلُهُ: ثُمَّ هُوَ) أَيْ ثُمَّ بَعْدَ ذَلِكَ جَعَلَ اللَّفْظَ بِتَمَامِهِ كِنَايَةً إلَخْ (قَوْلُهُ: لِقِلَّةِ الْعَمَلِ) عِلَّةً لِانْكِسَارِ خَاطِرِهِ، وَإِنَّمَا قَدَّرَ الْوَصْفَ بِالصَّالِحِ لِأَجْلِ صِحَّةِ التَّعْلِيلِ؛ لِأَنَّ الْقَلْبَ لَا يَتَأَلَّمُ إلَّا مِنْ قِلَّةِ الْعَمَلِ الصَّالِحِ فَالْحَذْفُ لِقَرِينَةٍ، وَعَطْفُ التَّقْوَى عَلَى الْعَمَلِ مِنْ عَطْفِ الْخَاصِّ عَلَى الْعَامِّ؛ لِأَنَّ الْعَمَلَ قَدْ يَكُونُ امْتِثَالًا، وَقَدْ لَا يَكُونُ امْتِثَالًا لِمَا ذُكِرَ (قَوْلُهُ: عَرِّفُوا أَنْفُسَهُمْ) أَيْ أَنْ يُعَرِّفُوا أَنْفُسَهُمْ بِالذُّلِّ فَيَتَسَبَّبُ عَنْ ذَلِكَ مَعْرِفَتُهُمْ لِرَبِّهِمْ فَيَتَسَبَّبُ عَنْ ذَلِكَ أَنَّهُمْ يَكُونُونَ فِي مَقْعَدِ صِدْقٍ عِنْدَهُ

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