tiré du faqr, c’est-à-dire du besoin : autrement dit, de la pauvreté permanente, ou de celui qui se trouve très souvent dans le besoin. Dans un autre manuscrit on lit : « le serviteur indigent » ; par « serviteur » on entend l’esclave appartenant à Allah – Très-Haut – puisqu’Il l’a fait passer du néant à l’existence.
« al-Muḍṭarr » (le contraint) est un participe passif issu du mot iḍṭirār qui signifie l’extrême nécessité ; il est donc plus spécifique que le terme faqīr. Ce vocable fait partie de ceux où le participe actif et le participe passif sont identiques, la voyelle distinctive ayant disparu par assimilation. Sa forme originelle est muḍtarar, comme mukhtaṣar ; la tāʾ y a été changée en ṭāʾ parce qu’elle suit la ḍād, puis la première rāʾ a été fusionnée dans la seconde.
« … pour la miséricorde de son Seigneur ».
[Annotation d’ad-Dasûqî]
Cette voyelle est ici essentielle : elle appartient à la structure même du mot, contrairement au cas de dalw (« seau »), où la ḍamma portée par la wāw n’est pas jugée lourde, car il ne s’agit que d’une voyelle d’inflexion liée à la marque du nominatif et qui disparaît lorsque celle-ci s’efface. Ainsi tombe l’objection selon laquelle la ḍamma ne serait pesante sur la wāw que si la consonne précédente est voyellée, non lorsqu’elle est au repos ; c’est d’ailleurs pour cela que le mot dalw supporte les voyelles des cas grammaticaux.
On répond encore que la ḍamma s’affiche sur la wāw dans le nom parce que celui-ci est léger, tandis que le verbe est lourd, et ce qui est déjà lourd ne supporte pas un supplément de lourdeur ; la voyelle a donc été déplacée pour l’alléger. Le verbe est dit « lourd » parce qu’il renferme simultanément la notion d’action, de temps et de relation.
« Sa parole : “min al-faqr” » : c’est-à-dire « tiré du faqr ». L’explication « c’est-à-dire al-ḥājah » signifie « le besoin ».
« Sa parole : “c’est-à-dire celui dont le besoin est permanent” » renvoie à l’expression « adjectif exprimant un état permanent » ; et « ou celui qui a beaucoup besoin » renvoie à « forme intensive ». Il s’agit donc d’un énoncé suivi d’une répartition ordonnée.
Le terme « beaucoup » peut viser soit la quantité du besoin, soit la durée ; on dit que la seconde explication est préférable, car celui qui est constamment dans le besoin finit par s’y accoutumer et ne souffre plus avec acuité, contrairement au second cas.
« Sa parole : “l’on entend par serviteur celui qui appartient à Allah” » signifie qu’il faut comprendre ici « serviteur » comme esclave par création, non esclave par adoration. On ne pourrait donc retenir ce dernier sens, car il contredirait plus loin l’expression « le cœur brisé par la faiblesse de ses œuvres et de sa piété » : après s’être d’abord qualifié par la servitude – attribut de perfection puisqu’elle marque l’extrême humilité –, il ne serait pas cohérent de se décrire ensuite par le manque de piété. Il ne s’agit pas non plus de l’esclave vendu et acheté, car l’auteur est libre, sauf à envisager le terme sous l’angle de son corollaire, l’humiliation et la contrition ; et il ne saurait davantage s’agir de l’« esclave du dinar et du dirham » contre lesquels le Prophète – paix et salut sur lui – a invoqué :
« Périsse l’esclave du dinar et du dirham ! Qu’il périsse et rechute ; et si une épine le pique, qu’il ne puisse l’en retirer ! »
Il n’est pas permis à quiconque de se compter parmi ceux contre qui le Prophète – paix et salut sur lui – a prié.
Le verbe « taʿisa », avec kasra sur l’ʿayn, signifie « il a péri » ; l’expression « et si une épine le pique » veut dire : si une épine s’enfonce dans son corps ; « al-intiqaš » désigne le fait de l’en extraire avec une pincette, comme dans le ḥadith.
« Sa parole : “c’est-à-dire l’intensité du besoin” » : le muḍṭarr est donc celui dont la nécessité est extrême, épuisé au point de ne voir en lui-même ni force ni puissance et de n’attendre secours que de son Maître.
« Sa parole : “il est plus spécifique que le faqīr” » : que l’on considère le terme comme adjectif d’état ou comme forme intensive, l’idée de gravité n’entre pas dans son sens de toute manière. « Plus spécifique » signifie qu’il englobe moins d’individus que le faqīr.
« Sa parole : “et ce vocable” » – pris en lui-même, abstraction faite du contexte – car, dans notre passage, il s’agit bel et bien d’un participe passif, rien de plus.
« Sa parole : “son étymon” » – relativement à la forme qui figure dans le texte.
« Sa parole : “parce qu’elle survient après la ḍād” » – laquelle est l’une des quatre consonnes d’« iṭbāq » (ṣād, ḍād, ṭāʾ, ẓāʾ). La tāʾ du schème iftiʿāl, lorsqu’elle suit l’une de ces lettres, devient ṭāʾ, comme dans muẓṭalim, muṭṭalab, muṣṭabar, muḍṭarib, en raison de la difficulté de prononcer la tāʾ après ces consonnes ; on choisit la ṭāʾ pour la proximité de son point d’articulation avec celle de la tāʾ.
« Sa parole : “et la rāʾ a été assimilée…” » : il n’est pas permis, en revanche, d’assimiler la ḍād au ṭāʾ, car l’assimilation ferait disparaître la prolongation distinctive de la ḍād.
« Sa parole : “pour la miséricorde de son Seigneur” » – cette locution se rapporte aussi bien au terme « faqīr » qu’à