à la condition que l’impureté soit liquide – de l’urine, par exemple – et que l’aliment soit susceptible de se déliter, comme le beurre clarifié ; ou bien que le temps écoulé soit si long qu’il devienne vraisemblable que l’impureté se soit diffusée dans tout le volume.
Si l’on n’est pas dans l’un de ces deux cas, la propagation à l’ensemble reste possible ; on statue alors au cas par cas, en fonction de la durée – longue ou courte – du séjour de l’impureté, selon ce qu’autorise la présomption.
Or, dès lors qu’une souillure atteint un aliment, celui-ci ne peut plus être purifié – contrairement à l’eau. Quelques denrées ont fait l’objet d’une divergence quant à leur aptitude à être purifiées, mais l’avis prépondérant lui refuse cette aptitude. L’auteur y fait allusion en déclarant : « et ne se purifie pas », c’est-à-dire n’admet pas la purification :
– l’huile, et, par assimilation, toutes les graisses, lorsqu’elles ont été mêlées à une impureté ;
– la viande cuite avec une eau impure ou dans laquelle une souillure est tombée au cours de la cuisson, avant complète cuisson ; si, en revanche, l’impureté survient après la cuisson, on peut purifier la viande en lavant la sauce qui l’enveloppe ;
– de même, une olive salée…
Commentaire d’al-Dusuqî
– Dans tous ces cas, l’ensemble devient impur sans distinction.
– « à la condition que… » : c’est-à-dire si la propagation est possible du fait que l’impureté est liquide, etc.
– « liquide » : non si l’impureté est solide et qu’aucune partie ne s’en dissout, tel un os ou une dent ; l’aliment dans lequel elle tombe ne s’impurifie pas, car le statut ne se transmet pas ; on jette donc la souillure seule. Le mot « liquide » n’exclut pas, au fond, l’impureté solide susceptible de se dissoudre.
Annexe : qu’elle soit fluide ou non, on considère toujours la possibilité de propagation. Al-Burzulî rapporte de notre maître Ibn ʿArafa qu’une pâte d’olives dans laquelle on trouva une souris morte est entièrement impure et ne se purifie pas, la longue durée faisant présumer une diffusion totale ; il n’y a là aucune contradiction avec le propos du commentateur, qui qualifie de « liquide » tout corps dont quelque chose se dissout, qu’il soit humide ou sec.
– « ou que le temps s’allonge » : même si l’aliment est sec, comme des grains, un délai suffisant pour faire supposer la diffusion – qu’il s’agisse d’une impureté liquide comme l’urine, ou solide comme la carcasse d’un porc restée longtemps au milieu d’un silo – rend l’ensemble impropre à la consommation.
– « par l’absence des deux conditions » : lorsque l’aliment est solide et le délai trop court pour présumer une propagation générale, seule la partie atteinte est concernée ; si, de plus, l’impureté est totalement inerte, comme un os, on la retire simplement.
– « selon le cas » : on élimine donc de l’aliment la portion où l’impureté est censée avoir pénétré, proportionnellement au temps de contact ; le reste demeure pur, licite à la consommation et à la vente, à condition d’en informer l’acheteur, par répugnance naturelle.
– « contrairement à l’eau » : une eau altérée par une souillure peut être purifiée en y versant de l’eau pure, abondamment ou non, jusqu’à disparition de l’altération, ou en y ajoutant de la terre ou de l’argile jusqu’au même résultat.
– « l’huile ne se purifie pas » : avis opposé à celui d’Ibn al-Labbâd, qui estime possible de la purifier en la brassant à l’eau, puis en évacuant celle-ci à travers un trou percé au fond du récipient, opération répétée jusqu’à forte présomption de disparition de l’impureté.
– « et toute substance voisine parmi les graisses » : l’auteur ne cite que les graisses parce que la divergence n’a porté que sur elles ; pour les autres liquides – lait, miel, etc. – il y a consensus sur l’impossibilité de purification, l’eau se mélangeant et ne se séparant plus.
– « fut mêlée » : forme passive avec la lettre wāw, choisie pour couvrir tant le mélange volontaire qu’accidentel.
– « la viande accepte la purification » : tant que l’impureté n’est pas restée assez longtemps pour qu’on présume sa diffusion ; sinon, elle ne l’accepte plus. La distinction entre souillure survenue avant ou après la cuisson est décisive, contrairement à ceux qui l’acceptent ou la refusent sans nuance. Il en découle que, lorsqu’on plonge une volaille fraîchement égorgée dans de l’eau bouillante avant de laver la plaie pour en ôter les plumes, puis qu’on la cuit, la viande demeure licite, contrairement à l’avis de l’auteur du Madkhal, qui l’interdit en arguant d’une diffusion généralisée.
– « ni une olive salée avec une impureté » : c’est le cas où l’on a utilisé du sel impur pour la macération, que ce sel soit employé seul ou