« Par une variété d’expression. »
Le « discours » (al-khiṭâb), dit-il, est l’énoncé par lequel on vise à faire comprendre l’interlocuteur ; d’aucuns le définissent encore comme « ce qui est propre à être compris ».
« Qu’il soit examiné » – le verbe est à la forme passive –, c’est-à-dire : prie-les de considérer ce livre
« d’un œil »
« satisfait », c’est-à-dire empreint d’agrément et d’affection,
« et d’équité », c’est-à-dire d’impartialité, non d’un regard de colère et de parti pris. Il se peut aussi que l’adjonction du mot « œil » ne marque qu’un simple lien, comme on l’a dit :
L’œil satisfait s’émousse à tout défaut,
quand l’œil courroucé fait saillir les tares.
« Tout ce qui se trouvera » – « mâ » est ici un pronom conditionnel servant de sujet, et « kâna » un verbe complet formant la proposition de condition, dont le sujet revient à « mâ » –
« de défaut », c’est-à-dire toute lacune d’expression compromettant le sens voulu,
« complétez-le » : verbe au passé tenant lieu de réponse à la condition, autrement dit : réparez cette lacune, le mot omis ou altéré. On n’entend pas par « défaut » l’abstraction d’une simple omission ; car l’on ne parachève que ce qui existe déjà, fût-ce de manière incomplète.
Et « tout ce qui se trouvera »
« d’erreur » touchant les sens, les statuts juridiques ou l’analyse grammaticale,
« corrigez-le » – également au passé –, c’est-à-dire : rectifiez cette erreur en la signalant dans les commentaires, la marge ou les notes explicatives ; qu’on dise par exemple : « c’est ici une inadvertance », ou : « la plume a glissé ; la bonne leçon est celle-ci », ou encore : « il faut supposer ici un mot sous-entendu » ou « il y a inversion de l’ordre ». Mais qu’on ne modifie ni ne substitue rien au texte même ;
car cela n’est pas permis, et personne n’y est autorisé, comme il est manifeste. Qu’on se garde aussi du manque d’égards, tel que de déclarer : « ceci est un galimatias », « un mensonge », ou « un propos corrompu dénué de sens » ; car l’irrespect envers les Imams de la religion ne vaut à son auteur que ruine en ce monde et dans l’autre. Considère ce grand Imâm : vois comme il a présenté ses excuses et s’est humblement abaissé…
[Annotation d’al-Dusûqî]
• « Tafannunan » : il ajoute ce terme pour signaler qu’il recourt à deux procédés stylistiques distincts afin d’exprimer une seule et même idée.
• « Et le discours… » : le mot khiṭâb renvoyant originellement à la langue, l’explication « et le discours… » précise donc son sens propre, non celui qu’on souhaite lui attribuer.
• « On a dit : “apte à être compris” » : d’après la première définition, on ne qualifie d’« énoncé » un propos qu’en présence d’un destinataire capable de le saisir ; selon la seconde, le terme s’applique même s’il n’existe personne pour l’entendre. Ainsi, la Parole d’Allah, de toute éternité, n’est pas un « discours » selon la première opinion, mais l’est selon la seconde.
• « Qu’il soit examiné » : c’est-à-dire que celui d’entre eux qui s’y penchera le fasse.
• « D’un œil satisfait » : l’expression comporte soit une métonymie par suppression (« l’œil du satisfait et du juste »), soit une hyperbole, l’auteur allant jusqu’à faire du contemplateur lui-même la satisfaction incarnée, soit encore une métaphore implicite où l’évocation de l’œil n’est qu’image. Il se peut enfin que l’ajout du mot « œil » ne soit qu’un lien rhétorique, c’est-à-dire : qu’il l’examine de son propre regard lorsqu’il est en état de contentement.
• « Non d’un œil de colère » : contraire du contentement, c’est la perception du vrai sous l’apparence du faux.
• « Et de partialité (al-iʿtisâf) » : c’est l’injustice, opposée à l’équité.
• « Ou bien l’addition d’“œil”… » : auquel cas il n’est plus besoin de sous-entendre « de celui qui… ».
• « L’œil de la satisfaction… » : le regard de celui qui observe une chose alors qu’il en est content.
• « De même que l’œil du courroux… » : le regard de celui qui considère une chose en étant irrité en fait aussitôt ressortir les défauts.
• « De défaut » : manque d’expression – mot ou particule absents – et non absence de questions juridiques non traitées, car une telle lacune serait sans limite et nul ne saurait la combler.
• « Complétez-le » : je les autorise à le parfaire de façon à rendre le sens intelligible.
• « Verbe passé » : on prononce avec fatḥa la lettre mīm ; il ne saurait être à l’impératif (avec kasra) car « mâ » est sujet conditionnel, et l’impératif ne sert de réponse à la condition que s’il est précédé de « fa », laquelle n’est omise qu’en poésie.
• « Réponse de la condition » : les grammairiens discutent pour savoir si l’attribut du sujet est le verbe de la condition, celui de la réponse, ou les deux.
• « C’est-à-dire ‘le mot omis’ » : le terme tombé qu’on rétablit, ou « le mot amputé », c’est-à-dire ce qui subsiste après l’omission et qu’on complète en restituant l’élément manquant. En somme, « défaut » vise soit l’élément supprimé, soit ce qui subsiste après coup, non l’acte même d’omission ; le mot s’emploie pour les trois cas, mais proprement pour le dernier et par métaphore pour les deux premiers.
• « Et les jugements » : apposition explicative, l’intention visée étant spécifique alors que « sens » est, en soi, plus général.
• « Et dans l’analyse grammaticale » : par exemple s’il met au nominatif ce qui devrait être à l’accusatif, ou inversement.
• « Rectifiez cette erreur » : je leur permets de la corriger.
• « En la signalant dans les commentaires » : pour quiconque entreprendrait d’en rédiger un.
• « Ou dans la marge » : c’est-à-dire en l’indiquant en marge du texte.
• « Sans altération, etc. » : sans gratter les mots pour les remplacer, ni y ajouter ou retrancher.
• « Car cela n’est pas permis » : ouvrir cette porte mènerait à la disparition pure et simple du livre, car le copiste pourrait croire que la vérité est avec lui alors qu’il en va autrement.
• « Tel que dire : … » : en revanche, s’il dit : « L’apparence de la phrase donne telle signification ; or il n’en est rien, et la réponse est telle », il n’y a pas de mal ; de même : « L’apparence de la phrase… »