Autrement dit, cette expression – « divergence » – est pour moi une allusion à la dissension qui oppose les imâms de l’école quant à la mise en évidence (tashhîr) des avis, lorsque ceux qui les déclarent « célèbres » occupent, à mes yeux, le même rang. Peu importe qu’ils l’aient formulé par le terme même de « célèbre » ou par toute locution équivalente : « tel est l’avis du madhhab », « l’apparence est que… », « l’avis prépondérant », « l’avis connu », « l’avis retenu », etc. Par « mise en évidence » j’entends donc l’opération de préférence (tarjîḥ). Si, en revanche, les auteurs de cette préférence ne se valent pas en dignité, je me limite à l’avis que le plus éminent d’entre eux a jugé préférable ; cela se perçoit en suivant mes propos.
De même, partout où je rapporte deux avis – ou davantage – sans indiquer de préférence, cela signifie que, pour cette question de fiqh, je n’ai trouvé chez les maîtres de l’école aucune opinion expressément qualifiée de « prépondérante » ou de « plus prépondérante » ; en d’autres termes, je n’ai relevé aucune préférence. Le superlatif que l’on rencontre parfois dans cet Abrégé n’est donc pas ici à prendre à la lettre ; médite-y. Car, si j’avais découvert qu’un avis était qualifié de prépondérant ou de plus prépondérant, je me serais contenté de le mentionner seul ; et si j’avais vu chaque avis doté d’une telle qualification, j’aurais recouru au terme « divergence », comme on l’a déjà dit. Les situations se ramènent ainsi à quatre. – Et je considère…
[Annotation d’ad-Dusûqî]
– Lorsque les shaykhs divergent quant à la notoriété à accorder aux avis dans une question, l’auteur cite les deux – ou les plusieurs – avis réputés notoires, puis ajoute le terme « divergence » pour le signaler.
– Son propos : « c’est-à-dire, ce terme ». Il indique par là que le mot « divergence » est ici au nominatif par simple citation ; dans les chapitres suivants, il apparaîtra aussi comme sujet, avec un prédicat tantôt omis, tantôt exprimé.
– S’il ne l’a pas mis à l’accusatif, c’est parce qu’il relève d’un discours cité ; en effet, chaque fois qu’il mentionne des avis opposés dans une question – par exemple : « on en tient compte selon Mâlik, non selon Ibn al-Qâsim » ou « son acte avant la mise sous tutelle est valable selon Mâlik, non selon Ibn al-Qâsim » –, ces opinions divergent quant à leur notoriété, ce qui n’est pas le cas ici. L’objection selon laquelle le verbe « dire » ne régit pas un nom isolé ne tient pas, car il le régit dès qu’on l’entend au sens de « mentionner ». S’il avait donc mis « divergence » à l’accusatif, le sens eût été : « et chaque fois que je mentionne une divergence – c’est-à-dire un désaccord dans une question –, que je l’exprime ou non par la racine même de “divergence” ou par celle de “dire” ».
– Son propos : « que cela se produise… » : qu’il s’agisse d’un désaccord entre ces “publicisateurs” de même rang, qu’ils aient employé le mot « célèbre » ou une expression équivalente, telle que « tel est l’avis du madhhab », « connu », « retenu » ou « prépondérant ».
– Son propos : « s’ils ne se valent pas » : c’est-à-dire s’ils ne sont pas d’un rang égal à ses yeux.
– Son propos : « il se limite à ce que le plus fort a préféré » : autrement dit à l’opinion que le plus éminent d’entre eux a jugée préférable. Cette restriction vaut pour la majorité des cas ; il peut néanmoins, à l’occasion, citer d’abord l’« avis retenu » puis l’« avis faible », comme il le fait dans la question de l’abattage rituel, après avoir rapporté l’opinion mise en avant par l’autorité suprême, où il mentionne aussi qu’il suffit de trancher la moitié de la trachée et des deux jugulaires.
– Son propos : « et partout où je rapporte deux avis… » : autrement dit, dans tout passage de ce livre où il a mentionné deux ou plusieurs opinions – en disant par exemple : « faut-il ceci ou cela ? Il y a deux (ou plusieurs) avis », ou : « faut-il ceci ou cela ? Un troisième dit ceci, un quatrième cela » –, peu importe qu’il ait ou non recours à la formule « on dit ».
– Son propos : « cela » : c’est l’énumération de deux ou plusieurs avis sans préférence.
– Son propos : « indique » : c’est-à-dire « sert d’indice » ou « signale ».
– Son propos : « c’est-à-dire, le jugement de fiqh » : il définit ainsi la branche (farʿ), à savoir la règle juridique – la norme légale – relative à la manière d’accomplir une action, intérieure ou extérieure. Par exemple : l’obligation d’intention dans les ablutions est une norme légale concernant une disposition intérieure ; l’obligation même des ablutions est une norme légale touchant une action corporelle. Qualifier la règle de « légale » signifie qu’elle est déduite, par ijtihâd, de la Loi révélée que le Prophète – paix et bénédictions sur lui – a transmise.
– Son propos : « autrement dit : je n’ai trouvé aucune préférence » : c’est-à-dire qu’au sein des avis existant sur cette question, il n’a pas relevé la moindre prépondérance accordée à l’un d’eux.
– Son propos : « médite-y » : invitation à réfléchir, la question étant délicate ; car, en apparence, la phrase de l’auteur pourrait s’appliquer aussi bien au cas où il a constaté la prépondérance de l’un des avis qu’à celui où il l’a constatée pour chacun d’eux, ce qui n’est pas exact ; la situation est celle qu’expose le commentateur.
– Son propos : « s’il avait trouvé une prépondérance » : c’est-à-dire pour l’un des deux avis, le second étant faible.
– Son propos : « ou une plus grande prépondérance » : c’est-à-dire pour l’un des avis, son opposant n’étant que simplement prépondérant.
– Son propos : « les situations se ramènent à quatre » : la première consiste en ce qu’il ait constaté une prépondérance pour chacun des deux avis ; dans ce cas