[Annotation d’ad-Dasûqî]
(Sa parole : « Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux »)
Il n’est pas inconvenant de s’arrêter sur cette formule au regard de la discipline dans laquelle s’inscrit le présent ouvrage.
Nous dirons donc que l’objet de cette science est constitué par les actes des personnes légalement responsables ; on y étudie en effet ces actes sous l’angle des qualifications qui peuvent leur être attribuées : obligation, recommandation, interdiction ou réprobation. Or, le fait de prononcer cette phrase est indiscutablement un acte ; partant, l’on affirme que le statut originel de la basmala est la recommandation, car elle relève du dhikr, et la règle générale veut que les invocations soient recommandées. Cette recommandation devient encore plus affirmée lorsqu’on la prononce au commencement des affaires importantes, fût-ce d’un poème, ainsi que l’a conclu al-Ḥaṭṭâb. Celui-ci avait auparavant rapporté la divergence d’al-Shaʿbî et d’az-Zuhrî, qu’il interpréta comme visant la poésie étrangère au savoir et à l’exhortation.
La basmala peut toutefois devenir réprouvée : tel est le cas, selon l’opinion la plus connue de l’école, lorsqu’on l’énonce dans la prière obligatoire, ou à l’occasion d’actes eux-mêmes réprouvés, comme la consommation de la boisson issue du mélange de deux ingrédients fermentescibles. Elle est prohibée lorsque la personne en état de janâba la récite en la considérant comme un verset coranique, et non pas comme une simple invocation visant la protection. De même, elle est interdite lorsqu’on se livre à un acte illicite, d’après l’avis le plus apparent ; certains y voient seulement une réprobation, opinion que notre shaykh a entérinée dans sa ḥâshiya sur al-Kharshî.
Elle est encore proscrite au début de la sourate al-Barâ’a selon Ibn Ḥajar, tandis que ar-Ramlî en juge la récitation simplement réprouvée ; à l’intérieur de cette sourate, elle est blâmable pour le premier et recommandée pour le second. Je n’ai trouvé, sur ce point, aucune prise de position chez les maîtres de notre école, et la basmala ne connaît aucun cas où elle deviendrait obligatoire.