(Sans interruption)
Il ne doit pas couper les phrases de l’adhân par un acte ou une parole non obligatoires ; si l’interruption devient obligatoire – comme lorsqu’il s’agit de secourir un aveugle –, il interrompt puis reprend, pourvu que la pause ne s’allonge pas. Toute interruption demeure déconseillée,
aussi brève soit-elle, fût-ce par un simple signe destiné à répondre à un salut, à le rendre ou à dire « qu’Allah te fasse miséricorde » à une personne qui éternue ; ceci contredit l’avis de ceux qui estiment qu’il ne serait pas problématique de répondre par geste, à l’image de la prière. La différence tient à ce que la prière exerce un tel effet sur l’âme, du fait de l’interdiction de toute parole, qu’on y a toléré la réponse par signe, contrairement à l’adhân.
Il reprend (bannā) s’il a interrompu délibérément ou par oubli, tant que la pause n’est pas longue ; sinon il recommence depuis le début, car il est (obligatoirement) interdit d’annoncer l’adhân avant l’heure légale : le faire serait illicite et rendrait l’appel caduc faute d’avoir atteint son objectif,
à l’exception de l’aube. Il est recommandé d’anticiper l’adhân du ṣubḥ d’un sixième, c’est-à-dire dans le premier sixième de la dernière tranche de la nuit. L’adhân, en lui-même, est sunna et son anticipation est recommandée. Pris à la lettre, le texte laisserait entendre qu’on ne le répète pas à l’apparition effective de l’aube ; toutefois, l’avis prépondérant est qu’on le répète : certains voient là une simple recommandation (mandûb), l’opinion la plus solide y voit une sunna ; d’autres enfin soutiennent que seul le premier appel est recommandé.
L’auteur aborde ensuite les conditions de validité et dit : « et sa validité… »
[Commentaire d’al-Dusūqī]
Selon al-Mâzirî, l’opinion précédente fut réfutée par Ibn …, s’appuyant sur Abû al-Ḥasan, ʿIyâḍ, Ibn Yûnus, Ibn Râshid, al-Fâkihânî et d’autres, ce qui démontre qu’il s’agit là d’une caractéristique obligatoire ; à examiner.
L’iqâma est déclinée différemment, car elle ne nécessite pas d’élever la voix pour rassembler les fidèles, contrairement à l’adhân, qui exige puissance et prolongation de la voix ; l’arrêt muet y aide.
Sache qu’éviter toute faute de récitation dans l’adhân est recommandé ; la faute y est donc réprouvée. Elle n’est cependant pas interdite comme dans le cas d’autres ḥadith, l’adhân étant sorti du statut de ḥadith pour devenir un simple signal, ainsi que l’explique notre maître.
« Sans interruption » : autrement dit, il le récite tout en restant exempt de toute coupure ; il eût été plus adéquat de formuler « d’un seul tenant » afin d’harmoniser avec les expressions précédentes et suivantes.
« L’interruption est réprouvée » : qu’elle se fasse par un acte ou une parole non obligatoires, qu’elle soit courte ou longue. S’il s’agit d’une courte pause, il continue ; si elle se prolonge, il reprend l’adhân depuis le début. Il en va de même pour l’iqâma. Par « pause longue » on entend celle qui, si l’on reprenait, ferait croire qu’il ne s’agit pas d’un adhân. Que cette longue pause invalide l’adhân n’implique pas nécessairement qu’elle soit interdite ; certains l’ont considérée seulement réprouvée, d’autres l’ont interdite, estimant que l’auteur l’a expressément proscrite – opinion que corrobore Zarrûq. L’affaire paraît toutefois discutable, l’adhân étant à l’origine une sunna, sauf si l’on vise par là à le corrompre.
« – fût-ce par un signe » : l’interdiction est ici poussée à l’extrême ; s’il interrompt, c’est réprouvé, même par un simple geste pour répondre à un salut. Il pourrait sembler que le geste ne soit proscrit que s’il vient couper les phrases de l’adhân ; en réalité, le geste reste déconseillé en toutes circonstances. Ibn al-Hâjib a bien dit : « Il ne répond pas au salut, même par signe, selon l’opinion retenue. »
Note bien : si le muezzin ne répond pas pendant l’adhân – pas même par signe –, il lui incombe de répondre une fois l’appel terminé, de manière obligatoire, même si l’auteur du salut a quitté les lieux ; s’il est présent, il élève la voix pour qu’il l’entende. Il ne se contente donc pas d’un signe, tout comme le fidèle en retard sur l’imâm répond au salut de celui-ci après avoir achevé sa prière, même si l’imâm n’est plus là. Le pèlerin qui récite la talbiya est assimilé au muezzin dans ces règles. Quant à la personne occupée à un besoin naturel ou à l’époux avec son épouse, bien qu’il leur soit également déconseillé d’être salués, ils ne sont pas tenus de répondre après coup, même si celui qui les a salués demeure, à la différence du muezzin et du pèlerin, qui doivent répondre même après le départ de l’intéressé.
« Il n’y a pas de mal à répondre » : c’est l’avis de ceux qui autorisent le muezzin à répondre au salut par signe.
« comme en prière » : car le fidèle engagé dans la prière est autorisé à répondre au salut par un geste.
« Elle exerce un effet sur l’âme » : la prière inspire un tel recueillement que le geste ne constitue pas une porte vers la parole.
« On l’a donc autorisé » : on a permis ce geste, sans que cela contredise son caractère requis ; médite cela.
« Contrairement à l’adhân » : qui, bien qu’étant un acte cultuel, n’imprime pas sur l’âme le même effet que la prière ; si l’on y permettait le geste, on risquerait de basculer vers la parole.
« Il reprend s’il a interrompu » : c’est-à-dire lorsqu’il coupe l’adhân par une parole ou un acte.
« L’adhân est nul car son utilité est perdue » : il faudra donc le refaire dans le temps s’il apparaît invalide avant la prière. Si la prière a déjà été accomplie puis que l’on découvre que l’adhân a précédé l’heure, on ne refait pas l’adhân, selon Ibn al-Qâsim. Mais si l’on constate que l’adhân et la prière ont tous deux eu lieu avant l’heure, il faut les répéter tous deux, d’obligation.
« Sauf pour l’aube » : le terme est au nominatif en tant qu’apposition au pronom sous-entendu, bien que l’accusatif soit grammaticalement possible puisqu’il s’agit d’une exception dans une phrase négative.
« D’un sixième de la dernière partie de la nuit » : parce que les fidèles dorment encore ; il convient d’avancer l’adhân afin de les réveiller et de leur laisser le temps de se préparer.
« Il ressort du texte qu’on ne le répète pas à l’apparition de l’aube » : tel est l’avis d’al-Sanad, adopté par le shaykh Ibrâhîm al-Laqqânî et par quelques doctes maghrébins.
« On a dit : à titre de recommandation » : c’est l’avis de Ṭaffâ ; pour lui, le premier adhân est sunna, son avance mandûb, et le second adhân seulement recommandé.
« L’avis prépondérant : sunna » : chacun des deux adhân est sunna ; tel est l’avis retenu par ʿAḍḍ, approuvé par Ibn … et étayé par de nombreux textes.
« On a aussi dit : le premier est recommandé » : et le second sunna, comme l’indiquent l’ʿIzziyya et Abû al-Ḥasan dans son commentaire de la Risâla.