Il n’apparaît pas à toutes les saisons, mais seulement en hiver ; après lui reparaît l’obscurité, puis se lève l’aube véritable. Le temps choisi s’achève à l’isfâr, c’est-à-dire à l’apparition de la clarté supérieure, de la lumière évidente qui permet de distinguer les visages.
C’est elle la « prière médiane », entendue ici comme la plus excellente, selon l’Imâm [Mâlik], les savants de Médine, Ibn ʿAbbâs et Ibn ʿUmar. D’autres y voient la prière de l’ʿaṣr, opinion confirmée par les ḥadiths. En réalité, chacune des cinq prières a, chez certains, été qualifiée de « médiane », et d’autres explications encore ont été proposées.
Si le fidèle assujetti à la Loi meurt pendant le temps optionnel sans avoir accompli la prière, il n’est pas pécheur, puisqu’il n’a pas fait preuve de négligence ; exception faite du cas où, pressentant la mort, il l’a néanmoins différée jusqu’à son décès : il devient alors fautif. Il en va de même s’il ne meurt pas comme il l’avait cru, car, pour lui, le temps extensif est devenu restreint. Cela vaut dès lors qu’il pouvait se purifier ; sinon, l’obligation tombe, ainsi qu’il a été vu plus haut.
Le temps optionnel se divisant en portion supérieure et inférieure, l’auteur précise ensuite : « et le meilleur, pour celui qui prie seul – et ceux qui sont dans son cas… »
[Annotation d’al-Dusûqî]
– « Il n’apparaît pas… » : il s’agit du faux-dawn.
– « … le temps choisi s’achève… » : il s’agit du temps choisi de la ṣalât al-ṣubḥ ; l’expression « à l’isfâr » signifie : dès l’entrée de l’isfâr, la limite étant exclusive.
– « … la lumière qui permet de distinguer les visages » : en se fondant sur une vue moyenne, dans un endroit sans toit ni obstacle. L’avis rapporté par l’auteur, selon lequel le temps choisi de la prière de l’aube s’étend jusqu’à l’isfâr supérieur, est celui d’Ibn ʿAbd al-Ḥakam et d’Ibn al-Qāsim d’après Mâlik dans la Mudawwana ; Ibn ʿAbd al-Salâm le considère comme le plus répandu. D’autres soutiennent que ce temps dure jusqu’au lever du soleil, et qu’il n’existe donc pas, pour cette prière, de temps de nécessité ; c’est la version d’Ibn Wahb dans la Mudawwana et l’opinion de la majorité, Qâḍî ʿIyâḍ l’attribuant à l’ensemble des savants et des muftis, et la tenant pour l’avis bien connu de Mâlik.
En somme, les deux positions sont célèbres, mais celle adoptée par l’auteur est, selon notre maître, la plus fameuse et la plus solide.
(Avertissement)
Tout ce qu’expose l’auteur sur le début du temps choisi du ẓuhr – à partir du déclin du soleil – vaut hors de la période du Dajjâl. Au temps de celui-ci, on estimera pour le ẓuhr et les autres prières des horaires analogues à ceux retenus en dehors de son époque. Il existe même des contrées où l’année se réduit à un jour et une nuit ; on y évalue donc chaque prière comme on le ferait au temps du Dajjâl. Dans d’autres régions, la nuit, entre maghrib et ʿishâʾ, est si brève que l’aube coïncide avec l’heure de l’ʿishâʾ : pour les ḥanafites, l’ʿishâʾ y tombe alors, tandis que les shâfiʿites estiment les horaires d’après la ville la plus proche. Notre école ne contient pas de texte explicite sur ce point ; certains ont toutefois jugé opportun de suivre ici l’avis shâfiʿite, comme l’a établi notre maître.
– « et c’est elle la prière médiane » : il s’agit de la ṣalât al-ṣubḥ mentionnée dans le verset : « Soyez assidus aux prières, et à la prière médiane » (2 : 238).
– « c’est-à-dire la plus excellente » : « wusṭā » est le féminin de « awsaṭ » au sens de « choisie, la meilleure », comme dans : « Le plus pondéré d’entre eux parla » (68 : 28). Qu’il soit fait préférence à ce qui est moindre sur ce qui est plus abondant n’a rien d’étonnant : le Créateur favorise ce qu’Il veut ; ainsi a-t-Il préféré le raccourcissement de la prière sur son accomplissement complet, ou encore la prière du witr sur celle du fajr.
Une autre opinion veut que « wusṭā » soit le féminin de « wasat » au sens de « médiane », parce que deux nuits la précèdent et deux jours la suivent, et qu’elle possède un temps qui ne se confond avec aucun autre.
– « … et c’est l’avis correct au regard des ḥadiths » : le Prophète – paix et bénédiction sur lui – dit lors du creusement de la tranchée : « Ils nous ont détournés de la prière médiane – qu’Allah remplisse de feu leurs demeures et leurs tombes ! », et cette prière était l’ʿaṣr.
– « Quant à chaque prière… » : on a dit que c’est le ẓuhr, situé au milieu du jour ; d’autres y ont vu le maghrib, intermédiaire entre l’obscurité et la lumière ; d’autres l’ʿishâʾ, placée entre deux prières que l’on ne raccourcit pas.
– « … et l’on a encore dit autre chose » : certains ont affirmé que la prière médiane n’appartient pas aux cinq obligations, et ont proposé la prière de l’aïd al-aḍḥâ, celle de l’aïd al-fiṭr, la prière du ḍuḥâ, ou encore la prière sur le Prophète – paix et bénédiction sur lui. Ici, « wusṭā » signifierait « méritoire », non « la meilleure », car ces prières ne dépassent pas en mérite les obligations.
– « … au milieu du temps » : le mot « wasaṭ » se lit avec ouverture ou soukûn de la lettre sîn.
– « c’est-à-dire : durant… » : on ne vise pas le milieu exact, qui supposerait que la mort survienne précisément à la moitié du temps, ce qui serait excessif.
– « … il n’est pas pécheur » : qu’il ait présumé guérir ou non, qu’il ait projeté de prier ou n’ait rien résolu ; même s’il avait envisagé de l’abandonner, il ne pêche alors que pour son intention, non pour l’acte.
– « sauf s’il pressent la mort » : même si cette présomption est faible, selon la formulation d’al-Mawwâq ; al-Ḥaṭṭâb la limite, lui, au cas où la présomption est forte.
– « … et de même si son pronostic s’avère erroné » : il est également pécheur s’il a craint de mourir, a retardé la prière jusqu’à la fin du temps optionnel, puis ne meurt pas, car son estimation subjective a transformé, pour lui, le temps extensif en temps restreint. Sa prière demeure toutefois accomplie à l’heure, objectivement parlant, et n’est pas à rattraper, malgré ce qu’ont pu soutenir certains.
– « … est devenu pour lui restreint » : il était donc tenu de s’empresser de prier.
– « et cela… » : c’est-à-dire l’état de péché pour celui qui s’imagine mourir et meurt avant de prier, vaut lorsqu’il pouvait se purifier et décède après avoir disposé du temps de le faire sans passer à l’acte.
Sache que la présomption d’autres empêchements – menstrues, lochies, folie – est assimilée, selon les commentateurs de la Risâla à propos du passage « et elle se lave chaque fois que… », à la présomption de mort décrite ci-dessus.