Et si la personne en proie au doute découvre cette humidité sur son vêtement sans savoir au cours de quel sommeil elle a été produite, elle doit accomplir le grand lavage, puis répéter sa prière à partir du dernier sommeil durant lequel elle portait ce vêtement, qu’elle ait l’habitude de l’enlever avant de dormir ou non. Il en va de même lorsqu’elle est certaine qu’il s’agit de sperme tout en ignorant le moment précis de l’émission. L’obligation de reprendre les prières, après le ghusl, n’existe dans ces deux cas que si nul autre susceptible d’avoir éjaculé n’a porté ce vêtement ; sinon, le bain n’est que recommandé. L’expression « est-ce du liquide pré-éjaculatoire ou du sperme ? » montre que le doute se partage entre deux possibilités dont l’une est le sperme ; si, au contraire, l’hésitation porte sur trois liquides – par exemple pré-éjaculatoire, sperme et décharge post-mictionnelle, ou urine –, le grand lavage n’est plus obligatoire, car la probabilité qu’il s’agisse de sperme devient trop faible et ne relève plus que de la simple conjecture.
Commentaire d’ad-Dusûqî
• Dans la zone intime ou sur une partie de celle-ci.
• « Et si cet hésitant le trouve… » : autrement dit, si la personne découvre, sur son vêtement, la substance au sujet de laquelle elle hésite entre sperme et liquide pré-éjaculatoire.
• « qu’il l’enlève » : c’est-à-dire qu’on considère qu’il avait ou non coutume d’ôter ce vêtement avant la dernière sieste. La position de l’auteur – refaire la prière depuis le dernier sommeil, sans distinction – correspond à l’avis explicite de Mālik dans le Muwaṭṭaʾ, rapporté encore par ʿAlī et Ibn al-Qāsim. Abū ʿUmar l’oppose toutefois à l’opinion de la Mudawwana, selon laquelle on reprend depuis le premier sommeil si l’habit n’a pas été ôté, et depuis le dernier s’il l’a été ; ce qui cadre avec la règle voulant que le doute quant à l’impureté soit traité comme la certitude. Al-Bāǧī écrit : « J’ai vu la plupart des maîtres expliquer ainsi le Muwaṭṭaʾ » ; il considère néanmoins que l’imâm possède deux avis sur la question. Partant, l’énoncé général du Muṣannif suit la voie d’al-Bāǧī sans contredire toutefois la majorité, qu’il n’est pas souhaitable de délaisser.
• « comme la certitude » : comparaison qui justifie de reprendre les prières depuis le dernier sommeil.
• En résumé : celui qui voit du sperme sur son vêtement de nuit, ne se souvient pas d’avoir fait de rêve érotique et ne connaît pas l’heure de l’émission doit faire le ghusl et reprendre la prière depuis le dernier sommeil durant lequel il portait ce vêtement, que la trace soit humide ou sèche, selon l’opinion la plus répandue ; d’autres distinguent : trace humide, dernier sommeil ; trace sèche, premier sommeil.
• « Le lieu de la répétition après le grand lavage, dans les deux cas » : c’est-à-dire pour le doute comme pour la certitude, à condition qu’aucune autre personne capable d’éjaculer n’ait porté le vêtement. Cette restriction, rappelée par Ibn al-ʿArabī, contredit toutefois l’avis, largement relayé, imposant le ghusl à chacun des deux hommes qui auraient mis le même vêtement et dormi avec, dès lors qu’on y trouve du sperme. Al-Burzulī ajoute : « Si deux personnes dorment sous la même couverture, découvrent du sperme et l’attribuent chacune à l’autre, et qu’elles ne sont pas mariées l’une à l’autre, toutes deux se lavent et reprennent la prière depuis leur premier sommeil ; si c’est un couple, seul l’époux se lave, la femme n’en excrétant d’ordinaire pas. » La tentative de concilier ces paroles, proposée par ʿUbayq, a été écartée par Ibn … comme incorrecte ; il s’agit bel et bien de deux avis distincts, dont certains privilégient le second plutôt que la restriction d’Ibn al-ʿArabī.
• « parce que son doute se partage entre deux possibilités dont l’une est le sperme » : si la seconde n’est pas du sperme – par exemple hésitation entre pré-éjaculatoire et urine, ou pré-éjaculatoire et décharge post-mictionnelle –, il doit laver tout son sexe avec intention ; s’il hésite seulement entre urine et décharge post-mictionnelle, rien ne lui est imposé.
• « Si le doute porte sur trois liquides » : et que l’un d’eux est le sperme, comme dans l’exemple cité.
• « parce que la probabilité de sperme est faible » : la pluralité des autres possibilités l’atténue. Toutefois, si l’un des trois liquides est le pré-éjaculatoire, on lavera tout le sexe par précaution ; sinon, aucune obligation – avis adopté par certains –, alors que notre maître tient qu’il ne faut ni bain rituel ni lavage du sexe, le doute étant trop ténu.
• En résumé : lorsque le doute oscille entre deux liquides dont l’un est du sperme, le grand lavage est obligatoire, qu’il s’agisse des cas « pré-éjaculatoire ou sperme », « urine ou sperme » ou « décharge post-mictionnelle ou sperme ». S’il hésite entre deux liquides sans sperme mais dont l’un est le pré-éjaculatoire, il doit laver tout le sexe, tels les cas « pré-éjaculatoire ou urine » ou « pré-éjaculatoire ou décharge post-mictionnelle ». Si le doute ne concerne ni sperme ni pré-éjaculatoire – par exemple « décharge post-mictionnelle ou urine » –, aucune obligation ne s’impose. Lorsque l’hésitation porte sur trois liquides de statuts différents, on retient en principe l’avis médian ; ainsi dans « sperme, pré-éjaculatoire ou urine » ou « sperme, pré-éjaculatoire ou décharge post-mictionnelle », il faudra laver le sexe. D’après notre maître, il n’y a alors ni bain rituel ni lavage du sexe ; quand aucune option médiane ne se dégage, on suit celle qui coïncide, le doute contraire étant trop faible, comme dans « sperme, décharge post-mictionnelle ou urine ».
Avertissement
L’auteur et son commentateur n’ont pas évoqué le cas d’une femme qui découvrirait du sang menstruel sur son vêtement sans savoir quand il s’y est déposé. Son statut est identique à celui de l’homme qui trouve du sperme sur son habit sans en connaître l’instant : elle se lave, reprend la prière depuis la dernière période de sommeil, et répète le jeûne à compter du premier jour qu’elle a jeûné durant la période douteuse, dit le shaykh Sâlim – lui et son père distinguant ainsi entre jeûne et prière. L’opinion retenue ne fait cependant aucune différence entre les deux. Ibn ʿArafa rapporte qu’Ibn al-Qāsim a dit : « Si une femme voit du sang sur son vêtement sans se souvenir du moment où il est survenu, et qu’elle ne quitte jamais ce vêtement, elle répète la prière pour toute la durée où elle l’a porté, car il est possible qu’elle eût été rituellement pure au moment… »