al-Sharḥ al-Kabīr wa-Ḥāshiyat al-DusūqīMohamed Ibn Ahmad al-Dusuqi

Au sens linguistique, le shukr se confond d’ordinaire avec la louange (ḥamd). Sur le plan technique, il consiste pour le serviteur à orienter vers la finalité pour laquelle ils ont été créés tous les bienfaits qu’Allah a répandus sur lui – qu’il s’agisse de la raison ou d’autres dons – pour Lui, – exalté soit-Il – en gratitude pour ce qu’Il nous a accordé.

« Par grâce et munificence » : ces deux termes explicitent le pronom « ce que » et, ici, ont le même sens ; ils renvoient aux bienfaits qui parviennent à l’intéressé ou à d’autres, qu’il s’agisse de ses frères savants ou, plus largement, de l’ensemble des musulmans. En effet, le mot karam désigne proprement l’acte de donner ce qui convient sans motif intéressé ni contrepartie et, par extension, la chose même octroyée.

L’expression « une louange qui correspond… » pourrait laisser croire que l’auteur a recensé en détail la louange due à Allah ; il dissipe ce malentendu en disant : « Je n’en fais pas le compte », c’est-à-dire : je ne puis dénombrer la louange – c’est-à-dire la description du Beau – qui Lui revient, Lui, le Très-Haut ; je n’en ai pas le pouvoir, car Ses bienfaits sont innombrables.

[Annotation de ad-Dusûqî]
– Sur : « هو لغةً… » : au sens linguistique, le shukr est une action qui manifeste la vénération du Bienfaiteur du seul fait qu’Il dispense ses bienfaits, que cette action soit verbale, conviction du cœur ou œuvre des membres.
– Sur : « ṣarf al-ʿabd… » : « orienter les bienfaits vers leur finalité » signifie s’abstenir absolument de les employer dans ce qui est interdit ; il ne s’agit pas de les consacrer sans cesse et à tout instant à cette finalité : sinon les prophètes eux-mêmes en seraient exclus, puisqu’il leur arrivait de dormir, de manger, d’avoir des rapports conjugaux ou de converser avec les gens, tout en demeurant assurément reconnaissants.
– Sur : « وغيره » : il s’agit des cinq sens – ouïe, vue, odorat, goût et toucher – ainsi que des membres tels que les mains et les pieds.
– Sur : « إيّاه » : le commentateur indique que l’auteur a omis le second objet du verbe awlā ; le premier est le pronom « -na » dans awlānā (« Il nous a accordé »).
– Sur : « النعم الواصلة له… » : qu’il s’agisse de bienfaits relevant de la perfection de l’être – masculinité, intégrité physique, santé – ou de la perfection des qualités – foi et ses corollaires de connaissances et d’actes d’obéissance.
– Sur : « إذ الكرم… » : cette remarque justifie l’explication selon laquelle les deux termes (faḍl et karam) visent les bienfaits parvenant à la personne ou à autrui.
– Sur : « يُوهِمُ » : la formulation peut faire croire à l’auditeur que l’auteur a effectivement dénombré la louange due à Allah, ce qui est impossible, car Ses bienfaits ne se prêtent pas à un tel recensement.
– Sur : « il l’écarte en disant : “je ne saurais…” » : c’est comme s’il disait : « J’ai bien laissé entendre, par facilité d’expression, que ma louange pouvait être comptée et limitée, mais je suis incapable d’énumérer en détail la part de louange que mérite le Maître. »
– Sur : « c’est-à-dire : je n’ai pas la capacité… » : il s’agit d’une négation à portée générale : je ne puis compter, point par point, les louanges qui Lui sont dues ; l’expression, bien qu’elle appartienne formellement au registre de la « négation générale », ne coïncide pas avec le sens voulu, mais lui est contraire. En somme, le statut d’un indéfini dans un contexte de

هُوَ لُغَةً الْحَمْدُ عُرْفًا، وَاصْطِلَاحًا صَرْفُ الْعَبْدِ جَمِيعَ مَا أَنْعَمَ اللَّهُ بِهِ عَلَيْهِ مِنْ عَقْلٍ وَغَيْرِهِ إلَى مَا خُلِقَ لِأَجْلِهِ (لَهُ) تَعَالَى (عَلَى مَا أَوْلَانَا) أَيْ أَعْطَانَا إيَّاهُ (مِنْ الْفَضْلِ وَالْكَرَمِ) بَيَانٌ (لِمَا) وَهُمَا بِمَعْنًى وَاحِدٍ وَالْمُرَادُ بِهِمَا النِّعَمُ الْوَاصِلَةُ لَهُ أَوْ لِغَيْرِهِ مِنْ إخْوَانِهِ الْعُلَمَاءِ أَوْ الْمُسْلِمِينَ عَامَّةً إذْ الْكَرَمُ كَمَا يُطْلَقُ عَلَى إعْطَاءِ مَا يَنْبَغِي لَا لِغَرَضٍ وَلَا لِعِوَضٍ يُطْلَقُ أَيْضًا عَلَى الشَّيْءِ الْمُعْطَى مَجَازًا وَلَمَّا كَانَ قَوْلُهُ حَمْدًا يُوَافِي إلَخْ يُوهِمُ أَنَّهُ أَحْصَى الثَّنَاءَ عَلَيْهِ تَعَالَى تَفْصِيلًا دَفَعَهُ بِقَوْلِهِ (لَا أُحْصِي) أَيْ لَا أَعُدُّ (ثَنَاءً) هُوَ الْوَصْفُ بِالْجَمِيلِ (عَلَيْهِ. هُوَ) تَعَالَى أَيْ لَا قُدْرَةَ لِي عَلَى عَدِّ ذَلِكَ تَفْصِيلًا لِأَنَّ نِعَمَهُ تَعَالَى لَا تُحْصَى ــ [حاشية الدسوقي] نَظَرًا لِصُورَتِهَا (قَوْلُهُ: هُوَ لُغَةً الْحَمْدُ عُرْفًا) أَيْ وَحِينَئِذٍ فَالشُّكْرُ لُغَةً فِعْلٌ يُنْبِئُ عَنْ تَعْظِيمِ الْمُنْعِمِ بِسَبَبِ كَوْنِهِ مُنْعِمًا عَلَى الشَّاكِرِ أَوْ غَيْرِهِ سَوَاءٌ كَانَ ذَلِكَ الْفِعْلُ قَوْلًا بِاللِّسَانِ أَوْ اعْتِقَادًا بِالْجِنَانِ أَوْ عَمَلًا بِالْأَرْكَانِ (قَوْلُهُ: صَرْفُ الْعَبْدِ إلَخْ) الْمُرَاد بِصَرْفِ تِلْكَ النِّعَمِ فِيمَا خُلِقَتْ لِأَجْلِهِ أَنْ لَا يَصْرِفَهَا أَصْلًا فِيمَا نُهِيَ عَنْهُ وَلَيْسَ الْمُرَادُ اسْتِعْمَالَهَا دَائِمًا وَأَبَدًا فِيمَا خُلِقَتْ لِأَجْلِهِ وَإِلَّا لَخَرَجَ مِثْلُ الْأَنْبِيَاءِ إذْ كَانُوا فِي بَعْضِ الْأَوْقَاتِ يَشْتَغِلُونَ بِنَوْمٍ أَوْ أَكْلٍ أَوْ جِمَاعٍ أَوْ حَدِيثٍ مَعَ النَّاسِ مَعَ أَنَّهُمْ قَطْعًا شَاكِرُونَ (قَوْلُهُ: وَغَيْرِهِ) أَيْ الْقُوَى الْخَمْسِ السَّمْعِ وَالْبَصَرِ وَالشَّمِّ وَالذَّوْقِ وَاللَّمْسِ وَالْأَعْضَاءِ كَالْيَدَيْنِ وَالرِّجْلَيْنِ (قَوْلُهُ: إيَّاهُ) أَشَارَ الشَّارِحُ بِهَذَا إلَى أَنَّ الْمُصَنِّفَ حَذَفَ الْمَفْعُولَ الثَّانِيَ لِأَوْلَى، وَأَمَّا الْأَوَّلُ فَهُوَ نَا فِي أَوْلَانَا (قَوْلُهُ: النِّعَمُ الْوَاصِلَةُ لَهُ إلَخْ) أَيْ سَوَاءٌ كَانَتْ تِلْكَ النِّعَمُ مِمَّا بِهِ كَمَالُ الذَّاتِ مِنْ ذُكُورَةٍ وَسَلَامَةِ أَعْضَاءٍ وَصِحَّةِ بَدَنٍ أَوْ كَانَتْ مِمَّا بِهِ كَمَالُ الصِّفَاتِ مِنْ الْإِيمَانِ وَتَوَابِعِهِ مِنْ الْمَعَارِفِ وَالطَّاعَاتِ (قَوْلُهُ: إذْ الْكَرَمُ إلَخْ) عِلَّةٌ لِقَوْلِهِ: وَالْمُرَادُ بِهِمَا النِّعَمُ الْوَاصِلَةُ لَهُ أَوْ لِغَيْرِهِ إلَخْ (قَوْلُهُ: يُوهِمُ) أَيْ يُوقِعُ فِي وَهْمِ السَّامِعِ وَفِي ذِهْنِهِ، وَقَوْلُهُ: إنَّهُ أَحْصَى أَيْ ضَبَطَ وَعَدَّ الثَّنَاءَ عَلَيْهِ تَفْصِيلًا أَيْ وَهَذَا لَا يَتَأَتَّى؛ لِأَنَّ نِعَمَهُ تَعَالَى لَا تُحْصَى فَلَا يَتَأَتَّى إحْصَاءُ الثَّنَاءِ عَلَيْهَا تَفْصِيلًا (قَوْلُهُ: دَفَعَهُ بِقَوْلِهِ لَا أُحْصِي إلَخْ) أَيْ فَكَأَنَّهُ يَقُولُ: أَنَا وَإِنْ أَشَرْت فِي حَمْدِي إلَى أَنَّهُ مُحْصًى مُتَنَاهٍ فَإِنَّ ذَلِكَ عَلَى سَبِيلِ التَّسَاهُلِ إذْ لَيْسَ فِي قُدْرَتِي أَنْ أَعُدَّ مَا يَسْتَحِقُّهُ الْمَوْلَى مِنْ الثَّنَاءِ عَلَى سَبِيلِ التَّفْصِيلِ (قَوْلُهُ: أَيْ لَا قُدْرَةَ لِي عَلَى عَدِّ ذَلِكَ تَفْصِيلًا) فِيهِ إشَارَةٌ إلَى أَنَّ الْمَعْنَى عَلَى سَلْبِ الْعُمُوم أَيْ لَا أَقْدِرُ عَلَى عَدِّ الثَّنَاءَاتِ عَلَيْهِ تَفْصِيلًا، وَإِنْ كَانَ اللَّفْظُ مِنْ قَبِيلِ عُمُومِ السَّلْبِ فَاللَّفْظُ لَمْ يُطَابِقْ الْمُرَادَ مِنْهُ بَلْ يُضَادُّهُ وَالْحَاصِلُ أَنَّ شَأْنَ النَّكِرَةِ فِي سِيَاقِ

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