On a donc avancé cela ; ce qu’il faut entendre, c’est que le prédicat — la locution « pour Allah » — est étranger à « la louange » sous l’angle où ce dernier est un nom verbal, non sous l’angle où il joue le rôle de sujet. Autrement dit, l’action exercée par le terme ḥamd sur ḥamdan relève de sa nature de nom verbal, tandis que l’action qu’il exerce sur li-Llāh procède de son statut de mubtadaʾ ; le prédicat demeure donc étranger à ḥamd du point de vue de la matérité verbale qui lui permettrait normalement de régir ḥamdan. Or l’interposition d’un mot étranger, fût-ce par simple considération, entrave l’action du nom verbal.
(« yuwāfī ») c’est-à-dire : il correspond à, il est à la mesure de ; (« mā tazāyada ») soit : ce qui s’est accru ; (« mina-n-ni‘am ») pluriel de ni‘ma, avec kasra sur le nūn, au sens d’un acte de bienfaisance ou d’un bienfait reçu ; cette expression explicite le mot mā. — Quant au « remerciement »…
[Annotation de ad-Dusûqî]
– Il s’agit ici d’un maf‘ûl muṭlaq.
– Sur l’expression : « On a donc avancé cela » : l’auteur cité est l’illustre Nâṣir al-Laqqânî dans son commentaire de la khotba du compilateur.
– Sur : « ce qu’il faut entendre, c’est que… » : il s’agit du prédicat li-Llāh. Par « étranger », on entend : étranger à ḥamd.
– Sur : « sous l’angle de la matérité verbale » : c’est-à-dire la qualité de nom verbal de ḥamd.
– Sur : « non sous l’angle où il joue le rôle de sujet » : sous cet aspect, le prédicat n’est pas étranger, puisqu’il complète le sujet.
– Sur : « autrement dit… » : en résumé, ḥamd présente deux considérations, celle de nom verbal et celle de sujet, et, sous chacune, il diffère de lui-même sous l’autre. En tant que sujet il régit li-Llāh ; s’il régissait ḥamdan, ce serait en tant que nom verbal. Si l’on assimile la différence de pure considération à une différence réelle, son action sur ḥamdan est empêchée parce qu’il y a interposition d’un terme étranger ; si l’on ne fait pas cette assimilation, l’action est valide, puisqu’il n’y a alors aucune séparation réelle. La première position est celle d’al-Nâṣir ; la seconde — la correcte — est celle d’autres savants.
– Sur : « yuwāfī mā tazāyada… » : autrement dit, il contrebalance les bienfaits d’Allah qui ne cessent de s’accroître et les englobe. Puisque ces bienfaits sont innombrables et infinis, la louange en question est, elle aussi, sans nombre ni limite ; seul l’infini correspond à l’infini.
Si l’on objecte : « La louange du compilateur est particulière ; comment pourrait-elle être illimitée ? » — nous répondons : elle ne connaît pas de limite par rapport à son objet, à savoir les perfections divines, qui, elles, sont infinies ; ou bien l’on dira qu’il l’a délibérément décrite comme illimitée, par figure hyperbolique et non en stricte réalité.
– Sur : « c’est-à-dire : “il a augmenté” » : le verbe signifie « s’est multiplié ». L’auteur fait ainsi entendre que la forme de mufa‘ala n’est pas à prendre dans son sens usuel ; l’idée est que la louange répond aux bienfaits et non l’inverse. Il a choisi cette forme pour renforcer l’hyperbole, comme si le laudateur entendait surpasser les bienfaits et les dépasser.
– Sur : « au sens d’octroi ou de chose octroyée » : niʿam est le pluriel de niʿma. Or niʿma désigne tantôt l’acte d’octroyer une faveur — action d’Allah — tantôt la faveur elle-même. Le commentateur précise que les deux lectures sont possibles, mais que la première est préférable, car il est plus aisé de louer l’acte de bienfaisance que l’objet octroyé ; la louange de l’octroi est directe, celle de la faveur passe par l’octroi, et ce qui est direct est plus fort.
Sache encore que la faveur octroyée n’est véritablement une niʿma que si son aboutissement est louable ; tel est l’avis des Ashʿarites. Il n’y a donc pas, à proprement parler, de niʿma accordée par Allah à l’infidèle : les délices mondains dont Il le gratifie ne sont qu’une manœuvre d’endurance, un leurre, puisqu’Il le fait jouir tout en sachant qu’il persévérera dans sa mécréance jusqu’à la mort. Les Muʿtazilites, à l’inverse, estiment qu’il s’agit bien d’un bienfait qui appelle la gratitude. En définitive, les plaisirs qui leur parviennent sont des châtiments sous l’apparence de bienfaits ; c’est pourquoi les Ashʿarites les qualifient de niqam (punitions), considérant leur réalité profonde, tandis que les Muʿtazilites les appellent niʿam (grâces).