de sa dot.
Le pรจre ne peut marier une femme non vierge, pas plus quโaucun autre tuteur matrimonial, sans son consentement ; elle donne son autorisation verbalement. Une femme ne peut รชtre mariรฉe quโavec sa dot.
Puisque le tuteur matrimonial peut รชtre investi dโun pouvoir de contrainte ou, au contraire, devoir sโen remettre ร lโavis et ร lโapprobation de la femme, lโauteur aborde cette distinction en disant : ยซ Le pรจre ยป, ร savoir celui qui nโest pas lui-mรชme sous tutelle, peut marier ยซ sa fille vierge ยป sans son consentement. Par vierge, on entend celle qui nโa pas perdu sa virginitรฉ, par opposition ร la femme non vierge ; si elle nโa pas atteint la pubertรฉ, elle est unanimement qualifiรฉe de vierge, mais รฉgalement, selon lโopinion prรฉpondรฉrante, si elle lโa atteinte et est demeurรฉe cรฉlibataire.
Khalil a dit : ยซ Le pรจre peut contraindre au mariage la femme atteinte de folie ainsi que la vierge, mรชme demeurรฉe cรฉlibataire, sauf avec un homme tel quโun eunuque, selon lโavis le plus juste. ยป Lโexpression ยซ tel quโun eunuque ยป englobe tout dรฉfaut qui ouvre ร lโรฉpouse un droit dโoption, tel que lโimpuissance, la lรจpre ou la folie. En revanche, il peut la contraindre ร รฉpouser un homme atteint dโun dรฉfaut qui, en vertu du contrat, ne lui ouvre pas ce droit, tel quโun aveugle, un homme disgracieux ou dโune ascendance infรฉrieure ร la sienne. En effet, lโaffranchi, celui qui nโest pas de noble extraction ou celui dont le rang est moindre constituent nรฉanmoins un parti de condition adรฉquate ; le pรจre peut donc la contraindre ร les รฉpouser, mรชme pour une dot infรฉrieure ร la dot habituellement due ร une femme de son rang.
Les propos de lโauteur doivent toutefois รชtre restreints ร la vierge qui nโa jamais รฉtรฉ mariรฉe, ou qui a รฉtรฉ mariรฉe puis rรฉpudiรฉe avant dโavoir rรฉsidรฉ une annรฉe entiรจre avec son mari. Si, en revanche, elle a vรฉcu une annรฉe chez lui sans quโil ait consommรฉ le mariage, puis que celui-ci meure ou la rรฉpudie, elle ne peut plus รชtre contrainte. Quโelle reconnaisse ou quโelle nie la consommation ne fait aucune diffรฉrence : le fait de rรฉsider une annรฉe auprรจs de son mari, ร compter de sa pubertรฉ, รฉquivaut ร la consommation quant au caractรจre intรฉgral de la dot et ร la disparition du pouvoir de contrainte du pรจre. Ainsi, la parole de Khalil, rattachรฉe ร celle concernant la femme qui ne peut รชtre contrainte : ยซ ou si elle a rรฉsidรฉ une annรฉe dans sa maison tout en niant la consommation ยป, nโimplique aucune restriction.
Le droit de contrainte nโexcluant pas le caractรจre recommandรฉ de la consultation, il ajoute : ยซ Sโil le souhaite ยป, cโest-ร -dire si le pรจre le veut, ยซ il la consulte ยป, ร savoir la vierge pubรจre, ร titre recommandรฉ, afin de la rassurer et parce que cela est plus propice ร la pรฉrennitรฉ de la vie conjugale. Quant ร celle qui nโa pas atteint la pubertรฉ, il nโest pas recommandรฉ de la consulter.
Nous avons prรฉcisรฉ que ce pรจre est celui qui nโest pas lui-mรชme sous tutelle, afin dโexclure le cas dโun pรจre ayant un tuteur : le pouvoir de contrainte appartient alors ร son propre tuteur. Sโil nโa pas de tuteur, le dรฉsaccord qui sโapplique ร ses transactions sโapplique รฉgalement ร la contrainte exercรฉe pour marier sa fille. Khalil a dit : ยซ Selon Malik, et non selon Ibn al-Qasim, ses actes accomplis avant son interdiction juridique demeurent soumis ร ratification. ยป
Remarques
Premiรจrement : de mรชme que le pรจre peut contraindre la vierge, il peut contraindre au mariage la femme non vierge atteinte de folie, mรชme si elle a des enfants.
Khalil a dit : ยซ Le pรจre peut contraindre au mariage la femme atteinte de folie ainsi que la vierge, mรชme demeurรฉe cรฉlibataire, sauf avec un homme tel quโun eunuque, selon lโavis le plus juste ; il peut รฉgalement contraindre la femme non vierge si elle est encore mineure, si elle a perdu sa virginitรฉ par une cause accidentelle ou par une relation illicite. Lorsquโelle nโa pas rรฉpรฉtรฉ la fornication, deux interprรฉtations existent. ยป Cela contrairement ร la femme non vierge adulte : le pรจre ne peut la contraindre, mรชme si elle a perdu sa virginitรฉ dans un mariage nul dont la nullitรฉ fait consensus.
Khalil a dit : ยซ Pas [si elle est devenue non vierge] par un mariage nul, ni si elle a acquis sa pleine capacitรฉ aprรจs sa pubertรฉ, ni si elle a rรฉsidรฉ une annรฉe dans sa maison ยป โ cette annรฉe se compte ร partir de sa pubertรฉ, car elle est assimilรฉe ร la consommation du mariage โ, quโelle reconnaisse ou quโelle nie la consommation. Mais si elle y a rรฉsidรฉ moins dโun an, par exemple six mois, il peut la contraindre lorsquโelle nie la consommation.
Les propos de Khalil concernent la femme atteinte dโune folie sans rรฉmission : le pรจre peut la contraindre, mรชme si elle a un enfant. En lโabsence du pรจre, ou si celui-ci est atteint de folie, le juge partage avec lui ce pouvoir. Quant ร celle qui retrouve parfois la raison, on attend son rรฉtablissement.
Je me suis interrogรฉ sur la question de savoir si le droit du pรจre ou du juge de contraindre au mariage une femme atteinte de folie est subordonnรฉ ร son besoin du mariage, de la mรชme maniรจre que ce droit est subordonnรฉ au besoin dans le cas de lโhomme atteint de folie. Khalil y fait allusion lorsquโil dit : ยซ Le pรจre, le tuteur testamentaire et le juge peuvent contraindre au mariage la personne atteinte de folie, quโelle en ait besoin ou non. ยป Je nโai vu aucun commentateur de Khalil aborder cette question.
Parmi les femmes devenues non vierges par mariage, il en est une qui peut รชtre contrainte : la femme non vierge adulte dont la dรฉpravation est manifeste et que son tuteur est incapable de prรฉserver. Son tuteur peut alors la contraindre, mรชme sโil nโest pas son pรจre. Il est toutefois recommandรฉ au tuteur autre que le pรจre de soumettre son cas au juge avant de la contraindre. Sโil ne le fait pas et la marie sans saisir le juge, le mariage demeure-t-il valable ? Al-Tataโi a mentionnรฉ cette question dโaprรจs Ibn Arafah, dโaprรจs al-Lakhmi ; on consultera al-Ajhuri dans son commentaire de Khalil.
Deuxiรจmement : nous avons prรฉcรฉdemment rapportรฉ de Khalil quโun pรจre ne peut contraindre au mariage la vierge ayant acquis sa pleine capacitรฉ aprรจs sa pubertรฉ. Les juristes lui ont assimilรฉ la vierge que son pรจre souhaite marier ร un homme prรฉsentant un dรฉfaut lui ouvrant un droit dโoption, tel quโun homme atteint de folie ou de lรจpre.
Troisiรจmement : si le pรจre dispose dโun pouvoir de contrainte sur sa fille, le maรฎtre le possรจde ร plus forte raison, car son autoritรฉ est plus รฉtendue du fait quโil est un homme adulte.
Khalil a dit : ยซ Le maรฎtre peut contraindre au mariage son esclave femme ou homme, sans leur causer de prรฉjudice. ยป Il ne peut donc contraindre une esclave de haut rang ร รฉpouser un homme disgracieux, ni un esclave ร รฉpouser une femme dont la dot lui serait prรฉjudiciable.
Toutefois, le pouvoir de contrainte du maรฎtre sur ses esclaves est limitรฉ ร ceux dont le statut nโest entachรฉ dโaucune part de libertรฉ. Il ne peut donc contraindre lโesclave-mรจre, cโest-ร -dire celle qui a donnรฉ un enfant ร son maรฎtre, ni lโesclave sous contrat dโaffranchissement, ni lโesclave homme ou femme affranchi au dรฉcรจs du maรฎtre lorsque ce dernier est malade, ni lโesclave affranchi ร une รฉchรฉance dรฉterminรฉe lorsque cette รฉchรฉance est proche. En revanche, si le maรฎtre nโest pas malade ou si lโรฉchรฉance nโest pas proche, il peut contraindre au mariage lโesclave affranchi ร son dรฉcรจs, homme ou femme, ainsi que lโesclave affranchi ร terme.
Si lโon objecte que lโaffirmation selon laquelle le maรฎtre jouit dโun pouvoir plus รฉtendu est contredite par le fait quโil ne peut contraindre son esclave ร un mariage comportant ce que lโesclave rรฉprouve et qui lui nuit, alors que le pรจre peut contraindre sa fille vierge ร รฉpouser, par exemple, un eunuque ou un lรฉpreux, on rรฉpondra que le pรจre รฉprouve pour son enfant une affection et une sollicitude qui lโempรชchent de lui nuire, ร la diffรฉrence du maรฎtre envers son esclave.
ยซ Quant au tuteur autre que le pรจre ยป, parmi les tuteurs matrimoniaux, ยซ concernant la vierge ยป โ et il prรฉcise ce quโil entend par lร en disant : ยซ un tuteur testamentaire ou un autre ยป, tel quโun frรจre, un oncle ou un juge โ, il ne lui est pas permis de la marier sans son autorisation, jusquโร ce quโelle atteigne la pubertรฉ et donne son autorisation ร ce tuteur pour le mariage. Lโรฉpoux doit lui รชtre dรฉsignรฉ, sa dot doit lui รชtre indiquรฉe, et elle doit les accepter tous deux.
Khalil a dit : ยซ Si elle le mandate pour la marier ร qui elle voudra, il dรฉsigne lโรฉpoux ; sinon, elle conserve le droit de ratifier ultรฉrieurement, et non lโinverse. ยป
Pour son autorisation, son silence suffit, mรชme si elle ignore cette rรจgle. Khalil a dit : ยซ Le consentement de la vierge se manifeste par son silence, car les vierges se caractรฉrisent par la pudeur. ยป Plus rรฉvรฉlateur encore de son consentement est le fait quโelle prรฉpare le repas lorsquโon lui dit : ยซ Cette nuit, untel viendra afin que nous concluions pour lui le contrat de mariage avec toi ยป ; elle prรฉpare alors le lieu et confectionne le repas ou les boissons, comme le font les habitants des villes.
Lโobligation, pour le tuteur testamentaire, de demander son autorisation ne vaut que sโil nโest pas le tuteur testamentaire auquel le pรจre a ordonnรฉ de la contraindre au mariage ou auquel il a dรฉsignรฉ lโรฉpoux. Quant ร ce dernier, il nโest pas tenu de demander son autorisation, car il possรจde le pouvoir de la contraindre.
Khalil a dit : ยซ Le tuteur testamentaire que le pรจre a chargรฉ de cette mission, ou auquel il a dรฉsignรฉ lโรฉpoux, peut contraindre ; sinon, il existe une divergence. ยป Lโauteur mentionnera ensuite explicitement ce point en disant : ยซ Il ne marie pas la fille mineure, ร moins que le pรจre ne lui ordonne de la marier. ยป
Deux remarques
Premiรจrement : lโorpheline, cโest-ร -dire celle dont le pรจre est mort, constitue une exception ร sa parole : ยซ jusquโร ce quโelle atteigne la pubertรฉ ยป. Il est permis de la marier avant sa pubertรฉ si lโon craint quโelle ne tombe dans la