Nous appelons les gens tournés vers notre qibla des musulmans et des croyants :
Cela relève de la croyance : quiconque prononce les deux attestations de foi et s’y tient est musulman, même s’il commet certains péchés — fût-ce des péchés majeurs — tant que ces fautes demeurent en deçà de l’associationnisme. Il reste cependant un musulman à l’islam et à la foi diminués, que l’on qualifie de pécheur dévoyé (fâsiq), sans pour autant le déclarer mécréant tant que ses transgressions n’atteignent pas le shirk. Tel est le dogme des gens de la Sunna et du groupe : ils ne prononcent pas l’excommunication pour des péchés inférieurs à l’associationnisme, mais estiment qu’ils amoindrissent la foi ; leur auteur encourt alors une perversité mineure qui ne le fait pas sortir de la religion.
Cette position s’oppose à celle des Khâridjites, qui excommunient pour les péchés majeurs, excluent leurs auteurs de la communauté et les vouent à un séjour éternel en Enfer. Elle contredit aussi la thèse des muʿtazilites, qui retirent l’auteur d’un péché majeur de l’islam sans le faire entrer dans la mécréance, affirmant qu’il se trouve « entre deux états » ; pourtant, s’il meurt sur ce péché, les muʿtazilites lui appliquent le même verdict que les Khâridjites.
Elle diffère enfin du dogme des murjiʾites : ceux-ci soutiennent qu’aucune désobéissance ne nuit à la foi. À leurs yeux, quiconque croit en Allah est croyant, quoi qu’il fasse ; même s’il délaisse l’ensemble des piliers de l’islam, il n’est pas considéré comme mécréant. L’essentiel, pour eux, est la conviction intime ; les actes n’augmentent ni ne diminuent la foi et n’en font pas partie. Ainsi, selon les murjiʾites, l’homme demeure un croyant à la foi parfaite tant qu’il persiste dans cette adhésion intérieure.