de l’affirmer ni de le nier ; la plupart d’entre eux, en effet, l’ont rejeté, prétextant : « Nous ne reconnaissons que ce que l’intellect établit. » D’autres se sont abstenus : puisque, disent-ils, la raison ne conduit ni à l’affirmation ni à la négation, nous nous taisons. Ils polémiquent à ce sujet avec une ardeur démesurée ; quand tu les entends, leurs propos te séduisent, mais ce ne sont que paroles fallacieuses, comme l’a exprimé ce vers :
ḥujajun tahāfat ka-l-zujāj takhāluhā
ḥaqqan, wa-kullu kāsirin maksūr
« Des arguments qui volent en éclats, pareils au verre :
on les croit solides, et quiconque les brise se brise lui-même. »
Ils se contredisent : l’un d’eux soutient qu’il est obligatoire d’attribuer à Allah tel attribut ; un autre affirme qu’il est impossible de Le qualifier ainsi. L’incohérence même de leurs paroles prouve leur fausseté.
Ils ont par ailleurs rédigé des exégèses conformes aux principes de leur école : le Tafsîr d’Abd al-Raḥmân ibn Kaysân al-Aṣamm, maître d’Ibrâhîm ibn Ismâʿîl ibn ʿUlayya, qui débattait avec al-Shâfiʿî ; l’ouvrage d’Abû ʿAlî al-Jubbâʾî ; le Grand Tafsîr du Qâḍî ʿAbd al-Jabbâr ibn Aḥmad al-Hamadhânî ; le Jâmiʿ li-ʿIlm al-Qurʾân dʿAlî ibn ʿIsâ al-Rummânî ; et le Kashshâf d’Abû l-Qâsim al-Zamakhsharî. Ces auteurs, et d’autres semblables, ont professé les doctrines muʿtazilites.
Explication
Le Kashshâf d’Abû l-Qâsim al-Zamakhsharî est un ouvrage connu et largement diffusé. Sur le plan de la langue et de la rhétorique, il est remarquable, mais il repose, ainsi que l’a rappelé le shaykh, sur les fondements muʿtazilites. À moins de posséder une solide connaissance du muʿtazilisme et de la voie des gens de la sunna et de la communauté, tu ne percevras guère ses écarts : l’auteur, habile et éloquent, introduit sa doctrine à ton insu, si bien que tu pourrais croire tenir là la parole juste et droite, alors qu’elle recèle un danger. Ainsi, lorsqu’il commente le verset : « Quiconque est écarté du Feu… »