et ne se demandent que ce qu’un Arabe pourrait éventuellement vouloir exprimer par ces termes, sans prêter attention à la convenance pour le Locuteur ni au contexte de l’énoncé. Or ces derniers se trompent fréquemment lorsqu’il s’agit de savoir si le mot, en langue arabe, peut réellement porter le sens qu’ils lui attribuent, tout comme leurs prédécesseurs se trompaient déjà. De même, les premiers se méprennent souvent sur la validité du sens qu’ils donnent au Coran, et les seconds commettent la même erreur, même si les premiers considèrent d’abord le sens, tandis que les seconds se focalisent d’abord sur le mot.
Commentaire
Il incombe donc à quiconque réfléchit de considérer à la fois le terme et les indices qui l’entourent : l’état du Locuteur, celui de l’interlocuteur, la personne sur qui la révélation est descendue, et tout ce qui s’y rattache. Chacun le sait ; la parole varie jusque dans la modulation de la voix. Que l’on parle, par exemple, avec rudesse, les yeux rougis, les veines du cou gonflées et la chevelure hérissée, ce n’est pas comparable à un discours posé : le premier semble lancer des étincelles, le second non.
Le Shaykh – qu’Allah lui fasse miséricorde – divise donc les gens en deux catégories :
- ceux qui regardent le sens, mais s’efforcent de le conformer à ce qu’eux-mêmes désirent ;
- ceux qui se contentent du mot nu : ils n’ont pas d’idée préconçue, mais s’en tiennent strictement à la lettre, sans tenir compte des situations ni des indices contextuels. Les uns se tournent vers le sens, les autres vers le mot ; et par « les premiers », il entend ceux qui partent d’un présupposé doctrinal.
Quant aux premiers, ils se subdivisent à leur tour en deux groupes :
– parfois, ils dépouillent le terme coranique du sens qu’il véhicule et que l’on voulait réellement lui donner ;
– parfois, ils lui font porter un sens qu’il ne véhicule pas et que l’on ne voulait pas lui donner.
Dans les deux cas, il se peut que la signification qu’ils cherchent à nier ou à établir soit, en elle-même, erronée ; leur faute porte alors à la fois sur la preuve et sur ce qu’ils prétendent prouver.