un troisième l’imite, alors même qu’elle ne repose sur rien. Ainsi, des individus peuvent, dans l’intention d’effrayer la population, prétendre qu’un obus serait, par exemple, tombé en tel lieu, sans donner la moindre description ; d’autres répètent ensuite la même affirmation, et ainsi de suite. Il se peut qu’ils aient là-dessus voulu semer la panique et qu’ils aient menti. Mais lorsqu’on nous rapporte un événement assorti de tous ses détails, aussi bien verbaux que factuels, il devient très improbable qu’il s’agisse d’une pure invention, à moins de savoir qu’il y a eu concertation ou collusion entre eux.
Tel est, en substance, l’argument avancé par l’auteur — qu’Allah lui fasse miséricorde. Il entend montrer que, lorsque les marâsîl (traditions à chaîne interrompue) empruntent plusieurs voies indépendantes et qu’aucune entente n’est décelée, elles doivent être tenues pour authentiques : chacun des rapporteurs les attribue en effet au Messager, et le fait qu’ils s’accordent ainsi par des routes diverses indique qu’elles ont bien une origine prophétique. Il est, en règle générale, fort improbable que tous ces narrateurs les rapportent du Prophète sans les avoir reçues par une chaîne remontant jusqu’à lui.
Rappelle-toi encore que l’auteur invoque et répète l’expression « selon l’usage ». Dans ce genre de questions purement factuelles — comme l’a souligné Ibn Ḥajar — la raison n’a pas de prise directe ; si l’on s’obstinait à retenir chaque possibilité concevable, il ne resterait plus aucun récit crédible ni aucune règle susceptible d’être établie. Dans le débat, chacun peut toujours avancer une éventualité et dire : « Il se peut que… »
Toutefois, une telle méthode ne permet pas de garantir l’exactitude des termes précis ni des subtiles nuances que l’on ne peut établir par ce biais ; pour fixer de telles paroles et de tels détails, il faut recourir à une voie de transmission plus sûre.