Il peut certes arriver qu’un homme compose un simple vers et qu’un autre en compose un semblable, ou qu’il profère un mensonge et qu’un second répète le même. Mais s’il élabore une longue qaṣîda, riche de thèmes, bâtie sur une même rime et un même mètre, jamais on ne voit quelqu’un d’autre en produire une, tout aussi longue, identique à la fois dans les mots et dans le sens ; l’on sait alors, d’après l’usage, qu’il l’a prise de lui. Il en va de même lorsqu’un narrateur rapporte un long hadith aux multiples développements et qu’un autre le reproduit à l’identique : soit ils se sont concertés, soit le second l’a reçu du premier, soit encore le hadith est véridique. C’est par cette méthode que l’on établit la véracité de la plupart des traditions dont les chaînes, venues de directions diverses, se recoupent de la sorte, même si chacune, prise isolément, reste insuffisante, soit parce qu’elle est mursal (à chaîne interrompue), soit à cause de la faiblesse de son transmetteur.
Commentaire
L’auteur — qu’Allah lui fasse miséricorde — affirme que, lorsque les marâsîl se multiplient par plusieurs voies sans qu’il y ait collusion, on conclut qu’elles sont authentiques. Il illustre cela ainsi : imaginons qu’un homme, peu fiable à tes yeux, te rapporte un fait en le détaillant de façon exhaustive — paroles, actes, et même la présence des témoins. Plus tard, un second te livre le même récit, et tu sais qu’il n’a eu aucune entente avec le premier ; puis un troisième, un quatrième, et ainsi de suite. Même si tous ces narrateurs sont faibles, le fait que chacun relate une histoire longue et complexe exactement conforme aux autres rend hautement improbable que l’information soit fausse. En revanche, s’il s’agit d’un incident mineur et qu’un premier, puis un second, puis un troisième le rapportent — tous étant faibles — on ne parvient pas nécessairement à la certitude, car un même mensonge isolé peut facilement circuler : untel l’invente, un autre le reprend, un troisième l’imite