entendu le Prophète — qu’il s’agisse d’un Successeur (tâbiʿî) ou d’un Compagnon — élève néanmoins jusqu’à lui le contenu du hadith. Ainsi, le mursal est le récit qu’un Successeur ou qu’un Compagnon, sans avoir écouté directement le Messager d’Allah, lui attribue tout de même. Par exemple, si Muḥammad ibn Abî Bakr rapportait un propos du Prophète — paix et bénédiction sur lui —, nous parlerions d’un hadith mursal, car il est certain qu’il ne l’a pas entendu de sa bouche ; Muḥammad ibn Abî Bakr, en effet, naquit l’année du Pèlerinage d’adieu.
Cela étant, les savants estiment que les mursal rapportés par des Compagnons font autorité. S’agissant des mursal transmis par les Successeurs, les avis divergent : certains les acceptent, d’autres non. Ceux dont on a pu vérifier qu’ils n’envoient un propos qu’après l’avoir pris d’un Compagnon — tel Saʿîd ibn al-Musayyib, dont on dit qu’il ne transmet qu’après Abû Hurayra — voient leurs mursal reconnus comme authentiques. Pour les autres, on examine le rapport lui-même : si les chaînes se multiplient et si la communauté l’a accueilli favorablement, il est jugé authentique. L’exemple classique est le hadith de ʿAmr ibn Ḥazm : le Prophète — paix et bénédiction sur lui — adressa aux gens du Yémen une épître où figurent les règles des indemnités de sang et de la zakât, et l’injonction : « Que nul ne touche le Coran s’il n’est en état de pureté » (1).
Lorsqu’un même hadith nous parvient par deux voies, ou davantage, et qu’il est établi que les rapporteurs n’ont pas concerté leurs récits, tandis qu’une telle concordance ne peut, selon l’usage, résulter d’un simple hasard, on sait alors qu’il est authentique. C’est comparable au cas d’un homme qui décrit un événement en détaillant paroles et actes ; un autre, dont on sait qu’il ne s’est pas entendu avec le premier, relate pourtant les mêmes détails. On conclut avec certitude que l’événement, dans ses grandes lignes, est avéré : car, si chacun avait délibérément menti ou commis une erreur, il n’arriverait presque jamais qu’ils s’accordent, sans entente préalable, sur des précisions d’une telle minutie.