vers eux ; or, les Arabes recourent à la technique du taḍmîn (l’inclusion sémantique), c’est-à-dire qu’ils font endosser à un verbe le sens d’un autre et lui assignent la même préposition que celui-ci. C’est là le taḍmîn : un verbe est chargé du sens d’un autre et se construit alors comme lui.
L’un des exemples les plus explicites est la parole du Très-Haut : « une source dont boiront (yashrabu bi-hâ) les serviteurs d’Allah » (Al-Insân : 6). Ici, le verbe « boire » (yashrabu) reçoit le sens de « se désaltérer, s’abreuver », car il n’est pas concevable qu’ils boivent « avec » la source même : ils boivent à l’aide d’un récipient. Certains ont donc expliqué que la préposition « bi-hâ » équivaut à « min-hâ » (« d’elle »), d’autres que le verbe « boire » signifie ici « être abreuvé grâce à elle ». Le terme « boire » est donc maintenu, mais investi du sens de l’abreuvement, tandis que la préposition « bi-hâ » indique précisément cet état de complète désaltération.
Se trompent donc ceux qui prétendent qu’une préposition peut se substituer à une autre. Ainsi, lorsqu’ils commentent : « Il t’a certes fait tort en te demandant ta brebis à (ilâ) ses brebis » (Sâd : 24) en disant « avec ses brebis », ou encore : « Qui sont mes auxiliaires auprès (ilâ) d’Allah ? » (Âl ʿImrân : 52) en le comprenant par « avec Allah », ils veulent que « ilâ » tienne la place de « maʿa ». La bonne explication est pourtant celle des grammairiens de Bassora : il s’agit d’un taḍmîn. Dans ce verset, le fait de « demander la brebis » renferme le sens de la réunir et de l’adjoindre à ses brebis.
Explication
Les maîtres de la grammaire ont divergé sur le cas d’un verbe qui se construit avec une préposition autre que celle qu’il exige d’ordinaire : la licence porte-t-elle sur la préposition ou sur le verbe ? L’avis correct est celui exposé ci-dessus : l’adaptation concerne le verbe, auquel on confère le sens d’un verbe qui se construit précisément avec la préposition employée. Ainsi, dans : « Il t’a fait tort en te demandant ta brebis à ses brebis », le verbe « demander » reçoit ici le sens de « joindre », autrement dit : joindre ta brebis à