Certains ont soutenu qu’il s’agit des dix dernières nuits de Ramaḍân, tandis que d’autres estiment que ces « dix nuits » renvoient aux dix premières de Dhû l-Ḥijja ; deux opinions subsistent donc, en raison de la polysémie de l’expression.
Il en va de même pour la Parole : « Par le pair et l’impair » (Al-Fajr 3). Pour quelques savants, l’impair (al-witr) renvoie à Allah et le pair (al-shafʿ) à la création, car Il dit : « … et, de chaque chose, Nous avons créé deux éléments complémentaires » (Adh-Dhâriyât 49). Le Prophète ﷺ a d’ailleurs déclaré : « Allah est Impair » (1). D’autres ont expliqué que « le pair et l’impair » désignent simplement les nombres : toutes les créatures relèvent soit de la catégorie paire, soit de la catégorie impaire. L’expression se prête donc aux deux interprétations.
On peut encore y voir une allusion à la prière : la prière nocturne se conclut par la prière du witr, qui lui confère un nombre impair, et la prière diurne s’achève par la prière du Maghrib (coucher du soleil), qui la rend elle aussi impaire. Cela n’entre nullement en contradiction avec le fait que la prière du Ẓuhr (midi) comprend quatre rakʿa (unités de prière) et celle de l’ʿAṣr (fin d’après-midi) également quatre, car la prière du Maghrib compte trois unités ; elle introduit donc l’impair dans la série qui la précède. C’est pourquoi le Messager d’Allah ﷺ a dit : « Elle est le witr du jour » (2). Il a encore déclaré : « Si l’un de vous craint l’apparition de l’aube, qu’il accomplisse une seule rakʿa ; elle rendra impaire tout ce qu’il a déjà prié » (3).
L’avis prépondérant est donc d’admettre la double signification : chaque fois qu’un verset peut embrasser deux sens qui ne se contredisent pas, il convient de les retenir tous les deux.