Il en va de même pour les pronoms auxquels l’auteur a fait allusion. Lorsque les savants divergent à leur sujet, on distingue deux cas : si le pronom peut, du point de vue grammatical, renvoyer aux deux interprétations, la divergence est de variété (chacun n’a cité qu’un aspect) ; s’il ne le peut pas, la divergence devient contradictoire.
L’auteur — qu’Allah lui fasse miséricorde — poursuit en se demandant si, pour un terme polysémique (mushtarak), l’intention peut porter simultanément sur ses deux sens. L’avis correct est que cela est permis dès lors qu’ils ne se contredisent pas. Tel est l’exemple déjà évoqué du mot qaswara : il peut désigner à la fois le chasseur à l’arc et le lion, chaque sens jouant le rôle d’illustration. Dans la parole divine : « … elles ont fui devant le qaswara », on peut entendre : « devant le tireur », les hommes étant alors pareils à des ânes sauvages qui s’enfuient à la vue de l’archer ; ou bien : « devant le lion », auquel cas ils ressemblent à des ânes domestiques prenant la fuite devant le fauve. Aucune indication textuelle ne favorise l’un des deux éclairages ; le terme convient aux deux et ils ne sont pas incompatibles.
En revanche, lorsqu’il existe une opposition réelle, les deux sens ne peuvent être visés simultanément. Ainsi du mot qurʾ (période de pureté ou menstrues) : on ne peut affirmer que le verset la concerne dans ses deux acceptions, car les conséquences juridiques diffèrent et ne sauraient coexister. De même pour l’énoncé prophétique : « Celui qui se rend (man râḥa) à la première heure… » (1). Le terme rawâḥ peut désigner soit la marche entreprise après le déclin du soleil, soit le simple fait de partir. Il oscille donc entre un départ indéterminé et un départ spécifique, celui qui suit le zénith, de sorte qu’on ne peut retenir les deux. Si l’on dit que « la première heure » suit le zénith, on en déduit qu’on ne commence à se rendre à la prière du vendredi qu’après le déclin, et les « heures » seraient alors réduites à quelques minutes, puisque l’imam arrive aussitôt après. Si, au contraire, on comprend rawâḥ dans son sens général, la première heure débute dès le lever du soleil.
Quant à Ses paroles : « Par l’aube (1) et par les dix nuits » (Al-Fajr 1-2), il existe à propos de ces « dix nuits » deux avis.