la plupart des juristes malikites, chaféites et hanbalites, ainsi qu’un grand nombre de théologiens, l’aient estimé recevable. – Ou encore, le terme peut être univoque ; dans ce cas, il reste d’application générale tant qu’aucun indice n’impose de le restreindre. Si, pour ce genre d’expression, les deux lectures se révèlent valables, on le rangera dans la seconde catégorie.
Commentaire
L’auteur poursuit : Parmi les points de divergence figure le cas où l’expression peut se prêter à deux significations. Il précise qu’un mot peut revêtir ces deux acceptions par l’un des deux moyens suivants :
- Qu’il s’agisse d’un terme polysémique, comme ʿayn (œil, source, etc.) et analogues ;
- Qu’il soit, à l’origine, univoque, mais que l’on vise par lui l’un des deux genres ou l’une des deux réalités possibles. Un terme est dit mutawâtî lorsque sa forme correspond exactement à son sens, tels insân (être humain), ḥajar (pierre), shams (soleil), qamar (lune) et autres. On l’appelle mutawâtî parce que le mot et l’idée coïncident : ils sont concordants.
L’auteur ajoute qu’il peut arriver qu’un tel terme univoque possède deux sous-espèces et que l’on n’en vise qu’une seule. En pratique, la chose est très rare, mais elle existe ; le contexte permet alors de déterminer laquelle des deux est voulue.
Ainsi, le mot maʿa (avec) en arabe est univoque dans son sens premier, celui de la concomitance et de la compagnie ; néanmoins, la nature de cette compagnie varie selon ce à quoi il se rapporte. Si l’on dit : « l’eau avec le lait », on entend qu’ils sont mélangés ; si l’on dit : « l’épouse avec son mari », cela signifie que le lien matrimonial subsiste entre eux ; si l’on dit : « le commandant avec les soldats », on entend qu’il les supervise, sans qu’il soit nécessaire qu’il les accompagne physiquement : il les encadre et les observe. Ainsi, bien que maʿa exprime toujours l’idée d’accompagnement, la forme que prend cet accompagnement varie selon l’élément auquel il s’adjoint.