son compagnon ; le pronom « min-hum » renvoie ici aux Compagnons, ou plus largement aux Salaf, c’est-à-dire aussi bien aux Compagnons qu’aux Successeurs. Chacun d’eux emploie donc une tournure différente de celle de son pair, qui met en avant, à propos du référent, un aspect autre que celui que souligne l’autre, alors même que le référent demeure unique. Ils s’accordent ainsi sur l’intention ; seule varie la formulation, sans qu’il y ait de véritable divergence.
Prenons l’exemple de l’épée : si l’un dit pour la définir : « c’est al-Muhannad », qu’un second affirme : « l’épée, c’est al-Sârim », qu’un troisième ajoute : « l’épée est ce avec quoi l’on tranche les cous », et ainsi de suite, il n’existe en réalité aucun désaccord.
Il en va de même si quelqu’un déclare : « al-Ghaḍnafar, c’est le lion », qu’un autre précise : « al-Ghaḍnafar, c’est al-Qaswara », qu’un troisième dise : « al-Ghaḍnafar, c’est al-Laith », etc. Là encore, il ne s’agit ni d’une divergence ni même d’une simple variété ; chaque terme véhicule un sens que n’exprime pas l’autre, tandis que le référent reste unique.
Telle est précisément la portée de la phrase de l’auteur : « Que chacun d’eux exprime l’intention par une formulation différente de celle de son compagnon, laquelle indique, à propos du référent, un sens distinct de l’autre sens, alors que le référent demeure unique. »
L’auteur poursuit : ces désignations sont comparables à des « noms équivalents » situés entre de parfaits synonymes et des termes totalement distincts. L’emploi du mot « équivalents » prête toutefois à discussion, à moins que l’auteur — qu’Allah lui fasse miséricorde — n’y donne un sens particulier : les noms synonymes renvoient à une seule et même signification, tandis que les noms distincts renvoient à deux significations différentes. De ce point de vue, ces noms, considérés dans leur référence au même objet, sont synonymes ; mais regardés sous l’angle du sens spécifique que chaque vocable véhicule, ils sont distincts.