Les passions, les troubles et la propension de chacun à défendre sa propre opinion se sont multipliés, au point de provoquer des heurts et même des combats entre musulmans. Dès lors, les désaccords dans l’interprétation de la Parole d’Allah devinrent plus nombreux que ceux qui avaient opposé les Compagnons. Plus l’époque s’éloigne de l’ère prophétique, plus l’épreuve s’intensifie et plus la confusion entre le faux et le vrai s’accroît. Nous l’observons aujourd’hui : sous chaque pilier de mosquée se trouve un savant qui se croit l’égal d’Ibn Taymiyya, et dans chaque tente de Minâ un autre qui s’imagine être Ahmad ibn Hanbal ou ach-Châfiʿî.
Ainsi les passions se sont tellement répandues que, pour une question qui naguère ne connaissait qu’un seul avis, ou tout au plus deux, on en dénombre désormais plusieurs ; la science est rare et les penchants abondants. De la diminution du savoir et de la prolifération des passions découlent la confusion, la discorde, la rupture et l’absence d’unité.
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Parmi les Successeurs, certains reçurent l’intégralité de l’exégèse des Compagnons. Mujâhid rapporta : « J’ai présenté le Coran à Ibn Abbâs ; je l’arrêtais à chaque verset et l’interrogeais à son sujet. » C’est pourquoi ath-Thawrî disait : « Lorsque l’exégèse provient de Mujâhid, cela te suffit. » Ach-Châfiʿî, al-Bukhârî et d’autres savants se sont appuyés sur ses explications ; de même, l’imâm Ahmad et les auteurs d’ouvrages d’exégèse rapportent les chaînes passant par Mujâhid plus souvent que par d’autres.
En somme, les Successeurs ont pris l’exégèse des Compagnons, tout comme ils ont recueilli auprès d’eux la science de la sunna. Certes, ils recouraient parfois à la déduction et à l’inférence, de même qu’ils le faisaient pour certaines traditions, mais l’essentiel de leur savoir provenait directement des Compagnons.