Et Il — exalté soit-Il — dit : « Nous l’avons révélé, un Coran en langue arabe, afin que vous raisonniez » (Joseph 2). Ici, l’expression laʿalla (« afin que ») est causale, et « raisonniez » signifie : le comprendre de façon complète. Il est en effet évident que, si le Livre avait été révélé aux Arabes dans une autre langue que la leur, ils n’auraient pu ni le saisir ni le comprendre. Le mot ʿaql (« raison ») peut d’ailleurs prendre le sens de « compréhension », comme dans cette parole d’Allah : « Un groupe d’entre eux entendait la Parole d’Allah, puis, après l’avoir comprise, ils la déformaient tout en sachant ce qu’ils faisaient » (La Vache 75).
Il est bien établi que, pour tout discours, la finalité est la compréhension de son contenu et non la seule prononciation de ses mots ; à plus forte raison s’agissant du Coran. Par ailleurs, on n’a jamais vu des gens lire un traité spécialisé — de médecine, de mathématiques ou autre — sans en rechercher l’explication. Que dire donc de la Parole d’Allah, qui est leur sauvegarde, la cause de leur salut et de leur bonheur, le socle de leur religion et de leur vie d’ici-bas !
Commentaire
Cette remarque est parfaitement exacte. Supposons que nous étudiions, par exemple, le manuel de fiqh Zād al-Mustaqniʿ : si nous nous contentions de le lire puis de passer à autre chose, nous n’en retirerions aucun profit. Il en serait de même si nous parcourions un ouvrage de médecine, de chimie ou apparenté sans en suivre l’explication ; jamais nous n’en tirerions bénéfice. L’expérience confirme qu’il est impossible de profiter d’un livre sans le commenter, ou sans demander à quelqu’un de le commenter pour nous : autrement, notre lecture n’est qu’un vain passe-temps.
Qu’on ne prétende pas que le Coran ferait exception sous prétexte que l’on est récompensé pour sa simple récitation. Le Coran possède en effet deux dimensions : une dimension cultuelle, et une dimension d’action et de mise en œuvre. La première se réalise lorsque l’on se rapproche d’Allah en le récitant. Quant à la seconde — raison même de sa révélation — elle est clairement exprimée dans cette parole divine : « …afin qu’ils méditent Ses versets et que les gens doués d’intelligence s’en souviennent ».