Voici donc la meilleure manière de rapporter une divergence : recenser l’ensemble des avis émis sur la question, signaler celui qui est fondé, invalider ce qui ne l’est pas, puis exposer l’utilité et les fruits de cette divergence, afin que le débat ne s’éternise pas sur un point dénué d’intérêt et ne détourne pas d’enjeux plus essentiels.
Quant à celui qui évoque un désaccord sans en couvrir toutes les positions, son travail reste incomplet ; il se peut en effet que l’opinion correcte soit précisément celle qu’il a laissée de côté. De même, celui qui se contente d’énumérer les avis sans préciser lequel est juste est, lui aussi, déficient. S’il déclare sciemment valable ce qui ne l’est pas, il se rend coupable de mensonge ; s’il le fait par ignorance, il se trompe. Relèvent de la même critique ceux qui suscitent un débat sur une question dépourvue d’utilité, ou encore celui qui rap-porte plusieurs formulations dont le fond se ramène, en réalité, à une ou deux opinions : il gaspille son temps et multiplie ce qui n’est pas exact, tel celui qui revêt « deux habits de fausseté ».
Lorsque tu ne trouves pas d’explication dans le Coran, ni dans la sunna, ni dans les propos des Compagnons, nombre d’imâms se sont alors référés à la parole des Successeurs.
Shu‘bah ibn al-Hajjâj et d’autres ont dit : « Les avis des Successeurs dans les questions de jurisprudence ne constituent pas une preuve ; comment seraient-ils une preuve en matière d’exégèse ? » Autrement dit, ils ne lient pas ceux qui ne partagent pas leur opinion. Cela est exact ; toutefois, s’ils s’accordent tous sur un point, nul ne saurait douter que cela fasse autorité.
Quant à interpréter le Coran sur la seule base de son opinion, c’est illicite. Celui qui parle du Coran selon sa propre vue s’impose un fardeau dont il ne possède aucune science et emprunte une voie qui ne lui a pas été ordonnée. Même s’il atteignait par hasard le sens véritable, il n’en demeurerait pas moins fautif, car il ne serait pas entré par la porte requise – à l’image d’un juge qui tranche entre les gens dans l’ignorance : il sera voué au Feu, quand bien même son jugement coïnciderait avec la vérité. Sa faute, toutefois, sera moindre que celle de celui qui se trompe. Allah est le plus savant.