Dans l’exégèse coranique, les textes fabriqués occupent une place considérable. Ainsi, le hadith rapporté par al-Thaʿlabî, al-Wâḥidî et al-Zamakhsharî sur les mérites de chaque sourate est, d’après l’accord unanime des savants, entièrement apocryphe.
Quant au second volet des deux causes de divergence — celui que l’on établit par l’inférence et non par la transmission — il est entaché d’erreurs qui proviennent principalement de deux phénomènes survenus après l’époque où les Compagnons, leurs Successeurs et les disciples de ceux-ci ont commenté le Coran de façon exemplaire.
- Des gens ont d’abord adopté certaines doctrines, puis ont voulu contraindre les expressions coraniques à s’y conformer.
- D’autres ont interprété le Coran en se fondant uniquement sur ce qu’un locuteur arabe pourrait, en principe, vouloir dire, sans se préoccuper de l’Auteur du Coran, de celui sur qui il fut révélé ni du public auquel il s’adresse.
Le premier groupe se subdivise lui-même : tantôt il prive les termes coraniques du sens qu’ils portent en propre, tantôt il leur fait dire ce qu’ils n’expriment nullement. Dans ces deux cas, ce qu’ils cherchent à nier ou à affirmer peut être faux ; ils se trompent alors à la fois sur la preuve et sur la conclusion. Mais l’idée visée peut aussi être correcte ; dans ce cas, leur faute tient à la preuve seule et non à la conclusion.
En somme, ces personnes forgent d’abord leur opinion, puis forcent les mots du Coran à l’épouser, sans pouvoir revendiquer le moindre précédent, ni chez les Compagnons et leurs Successeurs vertueux, ni chez aucun imam de l’Islam — ni pour leur point de vue, ni pour leur exégèse.
Parmi eux se trouvent des auteurs au style élégant qui glissent subrepticement des innovations dans leurs propos, à l’insu de la plupart des lecteurs ; tel est, par exemple, l’auteur du Kashshâf et ses semblables. Par la volonté de Dieu, leurs exégèses fallacieuses se propagent alors parmi de nombreux fidèles qui, pourtant, n’adhèrent pas au faux.