En somme, lorsqu’un hadith long est transmis, par exemple, par deux voies distinctes sans collusion préalable, il devient aussi impossible qu’il soit entaché d’erreur qu’il le serait qu’il ait été inventé.
En vérité, la majeure partie de ce que renferment al-Bukhârî et Muslim appartient à la catégorie des propos dont on tranche avec certitude que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — les a tenus.
C’est pourquoi la grande majorité des savants, toutes écoles confondues, affirme que le rapport isolé (khabar al-wâḥid) que la communauté a accueilli favorablement — soit en l’attestant, soit en le mettant en pratique — engendre la science certaine.
De même que les spécialistes invoquent et prennent en compte le hadith transmis par un narrateur à la mémoire défaillante, ils écartent aussi, dans le hadith rapporté par un transmetteur digne de confiance, intègre et précis, certains passages dont des indices leur révèlent qu’il s’est trompé. Ils fondent leur jugement sur ces indices et appellent cela « la science des causes cachées des hadiths » (ʿilm al-ʿilal) ; c’est l’une de leurs disciplines les plus nobles.
Sur ce point, les hommes se divisent en deux extrêmes. Le premier regroupe des théologiens spéculatifs et assimilés, éloignés de la connaissance du hadith et de ceux qui le servent ; incapables de distinguer l’authentique du faible, ils doutent de la validité de certains hadiths, voire de la certitude qu’ils confèrent, alors même qu’ils sont notoires et formellement établis auprès des spécialistes.
Le second extrême est constitué de ceux qui prétendent suivre le hadith et s’y conformer : dès qu’ils rencontrent une formulation dans un hadith rapporté par un narrateur fiable, ou un texte doté d’une chaîne de transmission apparemment saine, ils veulent le placer au même rang que les récits dont les savants ont tranché l’authenticité. Lorsque ce type de rapport contredit un hadith authentique bien connu, ils se livrent à de laborieuses contorsions interprétatives ou s’en servent comme preuve dans les questions doctrinales, alors que les connaisseurs du hadith savent pertinemment qu’il s’agit là d’une erreur.
De la même manière qu’il existe, pour un hadith, des preuves permettant d’établir avec certitude qu’il est véridique, il existe aussi des preuves indiquant qu’il est apocryphe, et l’on peut en être tout aussi certain.