En somme, ces gens-là se forgent d’abord une opinion puis forcent ensuite les expressions du Coran à la servir ; or ils ne disposent d’aucun précédent, ni chez les Compagnons, ni chez les Successeurs qui les ont suivis avec bienfaisance, ni chez les imâms de la communauté, aussi bien quant à la doctrine qu’en matière d’exégèse.
Il n’est pas un seul de leurs commentaires fallacieux dont l’invalidité ne soit manifeste sous bien des aspects, et cela de deux façons : tantôt parce que l’on connaît la corruption même de leur thèse, tantôt parce que l’on décèle la fausseté de l’interprétation coranique qu’ils avancent, qu’elle serve à étayer leur position ou à réfuter leurs opposants.
Parmi eux, certains manient une langue élégante et pleine d’aisance ; ils glissent pourtant leurs innovations dans leurs écrits — et la majorité des gens n’y voit rien — tel l’auteur d’Al-Kashshâf et ceux qui lui ressemblent. De la sorte, quantité de lecteurs, qui ne souscrivent pourtant à aucune erreur doctrinale, absorbent — autant qu’Allah le permet — bien des interprétations erronées tirées de leurs ouvrages. J’ai vu des savants, exégètes ou non, citer dans leurs livres et leurs discours des passages de ces commentaires qui épousent des principes dont ils savent, ou tiennent pour certains, l’invalidité, sans même s’en apercevoir.
Commentaire
Cela s’explique par leur maîtrise stylistique : en surface, leur propos semble irréprochable, mais ils y distillent le poison. Ceux qui reproduisent ces interprétations en sachant pourtant que leur doctrine est viciée se laissent prendre à la séduction de leur style et de leur vocabulaire, sans percevoir la fausseté qu’ils véhiculent. Nous avons déjà montré que la cause en est qu’ils se forgent d’abord une opinion, puis qu’ils cherchent les preuves qui la soutiennent, ou qu’ils mobilisent les textes du Livre et de la sunna pour leur faire dire ce qu’ils ne signifient nullement.