Ainsi, l’ensemble des données rationnelles ne saurait constituer le fondement du message transmis : ni parce que la connaissance de ce dernier dépendrait d’elles, ni parce qu’elles en établiraient la véracité, ni pour quelque autre raison. Cela vaut d’autant plus, selon nombre — voire la majorité — des théologiens « affirmateurs » (mutakallima al-ithbât), tel al-Ashʿarî dans l’une de ses deux opinions, ainsi que bien des disciples — voire la plupart — comme le professeur Abou al-Maʿâlî al-Juwaynî, et, après lui, tous ceux qui ont adopté leur position.
Ces derniers affirment en effet que la certitude de la véracité du Messager, lorsque se manifestent les miracles servant de confirmation divine, relève d’une science nécessaire. Dès lors, la part de raisonnement intellectuel requise pour parvenir à cette certitude est simple et aisée ; de plus, les voies menant à la reconnaissance de la véracité prophétique sont nombreuses et variées, comme nous l’avons détaillé ailleurs.
Par conséquent, si les objections rationnelles opposées au message transmis portent sur des points dont la validité de ce message ne dépend pas, les réfuter n’équivaut pas à porter atteinte à la révélation elle-même ; voilà qui est manifeste. De même que critiquer une proposition rationnelle ne revient pas à rejeter tout l’édifice rationnel, critiquer un énoncé révélé ne discrédite pas l’ensemble de la révélation ; la solidité de certaines conclusions de la raison n’entraîne pas celle de toutes, pas plus que la fiabilité de certains enseignements scripturaires n’implique celle de tous.
Il s’ensuit que la validité des raisonnements sur lesquels se fonde notre connaissance du message transmis n’entraîne pas la validité d’autres raisonnements, ni leur invalidité l’invalidité des premiers, et encore moins la validité des spéculations rationnelles qui contredisent la révélation.
Comment, dès lors, pourrait-on soutenir que la solidité des principes rationnels indissociables de la révélation impliquerait la solidité de principes rationnels qui lui sont contraires ? En effet, ce par quoi le message transmis est connu — et il n’est accessible que par là — est inséparable de cette connaissance : on ne peut connaître la révélation sans lui ; il en est la condition nécessaire, et le fait de le connaître entraîne