l’existence de la chose visée ; ainsi, si le Seigneur faisait du serviteur un être qui la veuille alors qu’il en a la capacité, l’apparition de ce qu’il peut réaliser s’ensuivrait nécessairement. Le serviteur en viendrait donc à vouloir l’existence de ce qu’Allah ne veut pas voir exister ; or cela est impossible. Au contraire, ce qu’Allah veut voir exister, Il fait que celui qui en est capable le désire ; Il ne le pousse pas à vouloir ce qui contredit la volonté du Seigneur.
Quant aux Muʿtazilites, ils jugent impossible que la puissance du Seigneur porte sur le même objet que celle du serviteur ; dès lors, selon eux, deux volontés ne sauraient diverger au sujet d’une même réalité. Les deux raisonnements s’avèrent donc caduques, car ils reposent l’un et l’autre sur l’hypothèse d’une contradiction entre deux volontés, hypothèse elle-même impossible ;
En effet, lorsqu’un serviteur veut qu’une chose advienne, il ne la veut qu’après qu’Allah a voulu qu’il la veuille, ainsi que le Très-Haut l’a dit :
« À celui d’entre vous qui veut se tenir dans la droiture ; mais vous ne le voudrez que si Allah, le Seigneur des mondes, le veut. » (Sourate at-Takwîr 81 : 28-29)
Ce qu’Allah veut est, et ce qu’Il ne veut pas n’est pas. Lorsqu’Allah veut une chose, Il fait que le serviteur la veuille ; et lorsqu’Il fait que le serviteur la répugne et ne la souhaite pas, celui-ci, dans cet état, ne la veut effectivement pas.
Les partisans du jabr ont donc bâti leur argumentation sur l’idée qu’Allah voudrait la chose tandis que le serviteur la détesterait ; or cette hypothèse est impossible. Ils l’ont empruntée à la conception de deux seigneurs, deux divinités : c’est une analogie fallacieuse, car le serviteur, avec tous ses actes, est une créature d’Allah ; il n’est ni son égal ni son semblable.
C’est pourquoi, lorsque Abû Isḥâq al-Isfarâ’înî a déclaré que l’acte du serviteur est « un objet de puissance commun à deux agents capables », il ne visait nullement deux puissances indépendantes