Les partisans du jabr (al-jabriyya) avancent, ainsi que l’ont rapporté ar-Râzî et d’autres, l’argument suivant :
« Si Allah veut mettre un corps en mouvement tandis que le serviteur veut l’immobiliser, quatre issues seulement sont concevables :
- Les deux volontés sont empêchées simultanément. C’est impossible, car l’obstacle qui fait échouer la volonté de l’un n’est autre que la réalisation de la volonté contraire ; si elles étaient l’une et l’autre empêchées, elles se réaliseraient donc toutes deux, ce qui est absurde.
- Les deux volontés se réalisent ensemble. C’est également impossible.
- L’une des deux seulement se réalise. Cela est inadmissible, car les deux puissances sont, à l’égard de cet acte unique, égales quant à leur capacité d’influer de façon autonome ; or une chose unique, en vérité, n’admet aucune gradation. Les deux puissances, pour ce qui est de faire exister cet acte, se tiennent donc à égalité ; les éventuelles différences ne relèvent que d’éléments extérieurs à cette question et, dès lors, tout privilège accordé à l’une plutôt qu’à l’autre devient impossible. »
On répond :
« Cet argument est invalide pour l’une comme pour l’autre des deux écoles. »
Quant aux Ahl as-Sunna, ils tiennent pour impossible qu’Allah veuille le mouvement d’un corps tout en faisant que le serviteur veuille l’immobiliser alors que celui-ci en a la capacité ; en effet, une volonté ferme, jointe à la capacité, implique l’existence de l’acte voulu. Si donc le Seigneur faisait du serviteur un être qui le veuille et qui en ait la capacité, l’acte voulu par le serviteur se produirait nécessairement ; le serviteur désirerait alors l’existence de ce qu’Allah ne veut pas voir exister, et cela est impossible. Au contraire, lorsque Dieu veut l’existence d’une chose, Il fait en sorte que celui qui en est capable la veuille ; Il ne le fait pas vouloir ce qui contredit la volonté du Seigneur.
Ainsi, pour les Ahl as-Sunna, il est impossible qu’Allah veuille mettre un corps en mouvement tandis qu’Il fait du serviteur, capable d’agir, quelqu’un qui veuille l’immobiliser, car une volonté ferme, adossée à la capacité, implique