Ils s’imaginent donc que la réalité est ainsi ; et, même si cela relève du mensonge, il ne s’agirait, à leurs yeux, que d’un mensonge dicté par l’intérêt du grand public, car leur prédication et leurs objectifs ne pourraient se réaliser que par cette voie. Avicenne et ceux qui lui ressemblent ont édifié leur propre « code » sur ce principe, à l’instar de la règle qu’il expose dans son Épître al-Aḍḥawiyya.
Ces gens soutiennent que les prophètes, par les expressions qu’ils employaient, visaient leur sens apparent et voulaient que le commun entende ces apparences à la lettre, quand bien même celles-ci, en réalité, ne seraient que mensonge, fausseté et opposition à la vérité ; ils auraient donc cherché à faire comprendre au peuple, pour des raisons d’utilité, un enseignement fondé sur le mensonge et l’erreur.
Parmi eux, certains affirment que le Prophète connaissait la vérité, mais qu’il a montré le contraire par souci d’intérêt général. D’autres prétendent qu’il ne possédait pas cette connaissance, au contraire des philosophes spéculatifs et de leurs semblables. Ces derniers placent le philosophe accompli au-dessus du prophète et privilégient même le saint parfait, détenteur de cette « vision », sur le prophète ; de la même manière qu’Ibn ʿArabī al-Ṭāʾī — qu’ils présentent, selon sa propre prétention, comme le « Sceau des saints » — se donne la prééminence sur les prophètes.