On ne peut opposer à cela qu’une seule réplique : « La preuve scripturaire n’atteint jamais le degré de certitude. » Or, bien que cette assertion soit erronée, elle ne sert à rien ; car, dans l’hypothèse envisagée, c’est en vertu de sa certitude que la preuve catégorique doit l’emporter, et non parce qu’elle serait le fondement même de la Révélation. Ceux qui soutiennent le contraire fondent en effet leur préférence sur l’idée que la raison constituerait la source première du donné révélé ; conception fallacieuse, comme nous le montrerons, si Allah le veut.
Si jamais une preuve certaine se trouvait en conflit avec une preuve conjecturale, aucun esprit raisonnable ne disputerait la primauté de la preuve certaine. Mais affirmer qu’aucune donnée scripturaire ne puisse être certaine relève d’une entreprise plus ardue que de dépouiller le qatad, cet arbuste couvert d’épines.
Par ailleurs, tout le monde s’accorde à reconnaître que nombre des enseignements apportés par le Messager relèvent, dans sa religion, de l’évidence intuitive : l’obligation des actes de culte, l’interdiction des turpitudes et de l’injustice, l’affirmation de l’unicité du Créateur, l’établissement de la résurrection, et bien d’autres encore.
Supposons donc qu’un objecteur dise : « Si une preuve rationnelle certaine venait contredire ces vérités, il faudrait nécessairement départager les deux. Si l’on retient la preuve scripturaire, on porterait atteinte à son propre fondement ; mais si l’on retient la preuve rationnelle, on démentirait le Messager dans ce qu’il est confirmé, de façon évidente, qu’il a apporté ; et cela constitue une mécréance manifeste. » Ils se voient donc contraints de fournir une réponse, laquelle est la suivante : il est impossible qu’une preuve rationnelle certaine entre en opposition avec ces données.
Il apparaît ainsi que tout ce qui repose sur une preuve scripturaire catégorique ne saurait jamais être contredit par une preuve rationnelle tout aussi catégorique.
Nombreux sont pourtant ceux qui s’embarrassent de ce genre d’erreur : ils élaborent des hypothèses dont découlent ensuite des conséquences