« Quant à toute chose au sujet de laquelle vous divergez, son jugement appartient à Allah. » [ash-Shûrâ : 10],
et Il — exalté soit-Il — a dit :
« Si vous êtes en désaccord à propos de quelque chose, renvoyez-la à Allah et au Messager, si vraiment vous croyez en Allah et au Jour dernier ; c’est là ce qu’il y a de meilleur et la plus belle issue. N’as-tu pas vu ceux qui prétendent avoir cru à ce qui t’a été révélé et à ce qui a été révélé avant toi ? Ils veulent pourtant se soumettre au jugement du ṭâġût alors qu’il leur a été ordonné d’en nier l’autorité ; or, le Diable veut les égarer d’un égarement profond. Lorsqu’on leur dit : « Venez donc vers ce qu’Allah a révélé et vers le Messager », tu vois les hypocrites se détourner de toi tout à fait. » [an-Nisâ’ : 59-61].
C’est pourquoi l’on rencontre fréquemment, dans les propos des salaf et des imâms, la mise en garde contre le fait de prononcer sans réserve — affirmation ou négation — les formules qui constituent l’objet des controverses. Cette attitude ne vient ni de l’idée que la vérité serait absente des deux contraires, ni d’une quelconque défaillance dans l’exposé de la vérité ; elle s’explique plutôt par le fait que ces expressions appartiennent au registre des termes généraux et équivoques, mêlant le vrai et le faux. Les accepter sans discernement reviendrait à admettre à la fois le vrai et le faux ; les rejeter sans nuance reviendrait pareillement à écarter le vrai avec le faux. Les deux positions absolues sont donc proscrites.
À l’inverse, les textes divins sont un furqân (critère de discernement) par lequel Allah distingue le vrai du faux. Aussi les premières générations de la communauté et ses imâms considéraient-ils la parole d’Allah et de Son Messager comme l’autorité suprême à suivre : ils affirmaient ce qu’Allah et Son Messager ont affirmé et rejetaient ce qu’Allah et Son Messager ont rejeté.
Quant aux expressions nouvellement introduites, globales et ambiguës, ils interdisaient de les employer sans précaution, que ce soit pour les affirmer ou les nier ; ils ne prononçaient une parole qu’après avoir demandé des éclaircissements et obtenu les détails nécessaires. Une fois le sens élucidé, ils confirmaient ce qu’elle contenait de juste et rejetaient ce qu’elle comportait de faux. Il en va tout autrement de la parole d’Allah et de Son Messager : elle est vérité et doit être accueillie, même si son sens n’est pas immédiatement compris, tandis que la parole d’un être non infaillible ne mérite d’être acceptée qu’après en avoir saisi le sens.