Ces deux réponses que ces deux imâms de l’époque des successeurs des Tâbiʿûn ont formulées comptent parmi les meilleures qui nous soient parvenues.
Quant à al-Zubaydî – Muḥammad b. al-Walîd, le disciple d’al-Zuhrî –, il déclara : « Le commandement de Dieu est trop sublime, Sa puissance trop grandiose, pour qu’Il contraigne ou entrave. » Il rejeta ainsi toute idée de « jabr ».
En effet, le terme jabr, dans son acception linguistique courante, signifie : obliger quelqu’un à agir contre son consentement. Les juristes, dans le chapitre du mariage, se demandent : « La femme peut-elle être forcée d’épouser ou non ? Et que fait-on si son tuteur lui fait obstacle ? » Par « la contraindre », ils entendent la marier sans qu’elle y consente ni qu’elle le choisisse ; par « l’entraver », ils visent le fait de l’empêcher d’épouser celui qu’elle agrée et désire.
Al-Zubaydî affirme donc que Dieu est infiniment au-dessus de toute contrainte ou entrave ; Il est capable de faire en sorte que le serviteur agisse de son plein gré et accepte ce qu’il accomplit, tout en haïssant et en répugnant à ce qu’il délaisse – comme c’est le cas dans la réalité. Ainsi, le serviteur n’est pas forcé d’accomplir ce qu’il aime, agrée et veut – ses actes volontaires – ni empêché de s’abstenir de ce qu’il rejette, déteste ou ne souhaite pas – ses omissions volontaires.
Pour sa part, al-Awzâʿî interdit l’emploi même de ce terme, quand bien même l’on prétendrait lui donner un sens exact, parce qu’il ne repose sur aucun fondement dans le Coran ni dans la Sunna ; son usage introduirait un vocable innové dont l’apparence donne à croire à une fausseté, ce qui n’est pas recevable, même si l’on soutient qu’il véhicule une idée correcte.