Il est de notoriété publique qu’après ash-Shâfiʿî et Ibn Surayj, nul n’égala le shaykh Abû Hâmid al-Isfarâ’înî. Abû Isḥâq rapporte en effet, dans les « Ṭabaqât al-fuqahâʾ », d’après Abû al-Ḥusayn al-Qudûrî, que ce dernier disait à propos du shaykh Abû Hâmid : « Il est plus perspicace qu’ash-Shâfiʿî. » Bien que cette parole ne corresponde pas à la réalité — étant donné la grandeur d’ash-Shâfiʿî et l’élévation de son rang —, si Abû Hâmid n’avait pas atteint un degré d’excellence remarquable, le shaykh Abû al-Ḥusayn al-Qudûrî n’aurait jamais tenu semblable propos à son égard.
[Paroles d’Abû Hâmid al-Isfarâ’înî dans le « Taʿlîq » relatif aux uṣûl al-fiqh]
Abû Hâmid a dit, dans son ouvrage « al-Taʿlîq » en uṣûl al-fiqh :
« Question : l’ordre (amr) est-il un ordre du fait même de sa formulation, ou bien grâce à un indice qui s’y rattache ? Les gens ont divergé quant à savoir si l’ordre possède ou non une forme qui atteste, par elle-même, qu’il s’agit d’un ordre. Trois positions ont été rapportées.
Première position : les imâms des juristes estiment que l’ordre possède une forme linguistique qui, à elle seule, indique qu’il s’agit d’un ordre lorsque aucun indice contextuel ne l’accompagne. Tel est, par exemple, le propos de celui qui dit : « Accomplis telle ou telle chose. » Si l’on rencontre cette formulation dépourvue de tout indice, elle constitue un ordre et n’a nul besoin d’un élément supplémentaire pour être qualifiée comme tel.
Telle est l’opinion d’ash-Shâfiʿî — qu’Allah lui fasse miséricorde —, de Mâlik, d’Abû Ḥanîfa, d’al-Awzâʿî, ainsi que d’un groupe de gens de science ; c’est également la position d’al-Balkhî parmi les Muʿtazila.
Deuxième position : l’ensemble des Muʿtazila — à l’exception d’al-Balkhî — soutient que l’ordre ne possède aucune forme spécifique ; la simple formulation, prise isolément, n’indique pas qu’il s’agit d’un ordre. Il ne devient un ordre qu’au moyen d’un indice contextuel qui s’y adjoint.»