de spécificité ; bien au contraire, ce qu’ils ont professé a également été professé par d’autres, qu’ils appartiennent aux gens de la Sunna et du ḥadîth ou à d’autres écoles. Il n’en va pas de même pour la thèse qu’Ibn Kullâb a soutenue au sujet de la Parole divine — thèse qu’al-Ashʿarî adopta après lui : personne, avant Ibn Kullâb, ne l’avait formulée et aucune des grandes écoles ne l’a suivie. Le point de départ réside dans la question des « attributs volontaires » et, de manière générale, dans les questions liées à la Volonté et à la Puissance du Très-Haut : résident-elles dans Son Essence ou non ? Les Pieux Prédécesseurs et les imâms affirmaient sans réserve les attributs et les actes qui subsistent en Son Essence, tandis que les Jahmiyyah — parmi les Muʿtazilites et autres — les niaient catégoriquement. Ibn Kullâb rejoignit les Pieux Prédécesseurs et les imâms dans l’affirmation des attributs, mais il rejoignit les Jahmiyyah dans la négation du fait que les actes — et tout ce qui relève de Sa Volonté et de Sa Puissance — se réalisent en Lui, exalté soit-Il.
Pour cette raison, entre autres, on a reproché à ceux qui le suivirent — tels al-Qalânisî, al-Ashʿarî et leurs semblables — que leurs propos contenaient encore des réminiscences de l’iʿtizâl. L’origine de ces vestiges est l’argument de la contingence du monde fondé sur le mouvement ; c’est ce principe qui fit tomber les Muʿtazilites dans la négation des attributs et des actes. Al-Ashʿarî a d’ailleurs mentionné, dans son épître adressée aux gens de la frontière de Bâb al-Abwâb, que cette méthode constitue une innovation dans la religion des Messagers et qu’elle y est prohibée ; d’autres qu’al-Ashʿarî, tels al-Khaṭṭâbî et consorts, l’ont également relevé. Néanmoins, celui qui suit Ibn Kullâb ne considère pas rationnellement que cette méthode soit invalide — même s’il ne prétend pas que la religion en ait besoin. Dès lors qu’une personne la juge recevable, elle est tenue d’adopter soit l’opinion d’Ibn Kullâb, soit une position qui lui ressemble.
Telle est, en substance, la critique qu’Abû Ḥâmid et d’autres ont adressée au Qâḍî Abû Bakr