Les uns soutiennent qu’il convient d’atteindre la vérité par la seule raison, puis de se livrer à l’interprétation des paroles des Prophètes – paroles dont, selon eux, ces derniers n’auraient pas explicité l’intention ; ou encore ils disent : « Nous avons déjà reconnu la vérité par la raison ; quant à ces passages, les Prophètes eux-mêmes n’en connaissaient pas le sens, pas plus qu’ils ne connaissaient l’heure de la Résurrection. Il nous est seulement ordonné de les réciter sans les méditer ni en comprendre les significations. »
D’autres déclarent au contraire : « Ces questions ne relèvent ni de la raison ni de la transmission ; il nous est interdit de scruter les données rationnelles comme de saisir les énoncés révélés. Les Prophètes et leurs disciples, affirment-ils, ne maîtrisaient pas les spéculations rationnelles et ne comprenaient pas davantage les textes transmis. »
Chapitre – Objet de cet ouvrage : démontrer la fausseté de leur principe pernicieux
Or, l’explication de l’intention du Messager – que les bénédictions et la paix soient sur lui – dans ces matières ne peut être menée à bien qu’en écartant l’objection rationnelle et en refusant de lui donner préséance sur les textes prophétiques. C’est pourquoi, dans ce livre, nous avons montré la corruption de ce principe vicié par lequel ils ont détourné les gens de la voie d’Allah et les ont empêchés de saisir la volonté du Messager et de tenir pour véridiques ses informations. Toute preuve avancée pour exposer l’intention du Prophète devient en effet inutile dès l’instant où l’on suppose qu’un raisonnement intellectuel catégorique la contredit ; on en arrive alors à dénigrer le Prophète lui-même ainsi que celui qui argumente à partir de ses paroles.
La situation ressemble à celle d’un malade dont les humeurs dépravées l’empêchent de profiter de la nourriture : tant que ces humeurs corrompues subsistent et altèrent l’aliment, celui-ci ne lui est d’aucun bénéfice. Il en va de même pour le cœur qui se persuade qu’une preuve rationnelle irréfutable exige de nier les attributs divins – tous ou certains –, de contester que Sa création englobe toute chose, de rejeter Son commandement et Son interdiction, ou de tenir la résurrection pour impossible.