Le terme « taʾwîl »
Nous avons rappelé en plusieurs endroits que, dans le Coran, le mot taʾwîl peut désigner :
- l’issue à laquelle une affaire aboutit, même lorsque cette issue correspond au sens apparent de l’énoncé ;
- l’explication d’une parole et la mise en évidence de sa signification, fût-ce en accord avec son sens premier – telle est la manière de s’exprimer des premiers exégètes, comme Mujâhid et d’autres ;
- le fait de détourner un terme de son sens le plus probable vers un sens moins probable, en raison d’une preuve l’accompagnant.
Limiter le mot taʾwîl à cette troisième acception ne se rencontre que chez certains auteurs postérieurs. Quant aux Compagnons, à leurs Successeurs bien guidés, ainsi qu’à l’ensemble des sommités de la communauté – au premier rang desquels les quatre imâms –, ils n’emploient pas le terme taʾwîl exclusivement dans ce sens ; ils visent plutôt la première ou la deuxième signification.
Ainsi, lorsqu’un groupe de savants tardifs a pensé que le mot taʾwîl, dans le Coran et dans la Sunna, notamment dans cette Parole du Très-Haut : « Nul n’en connaît le taʾwîl, si ce n’est Allah, et ceux qui sont fermement enracinés dans la science disent : “Nous y croyons ; tout vient de notre Seigneur.” » (Âl ʿImrân, 7), ne renvoyait qu’à ce sens technique particulier, et qu’il fallait s’arrêter dans le verset à l’énoncé : « Nul n’en connaît le taʾwîl, si ce n’est Allah », il en a découlé qu’ils ont dû croire que ces versets et ces hadiths possèdent des significations contraires à leur sens premier apparent, et que ce sens véritable n’est connu qu’Allah seul : l’ange qui fit descendre le Coran, Gabriel, ne le connaît pas, pas plus que Muhammad – que les bénédictions et la paix soient sur lui – ni aucun autre Prophète.