Les partisans de la falsification et de l’interprétation allégorique
Quant aux adeptes de la falsification et de l’interprétation (taʾwîl), ils affirment que, par ces énoncés, les prophètes n’entendaient rien d’autre que la vérité telle qu’elle est en soi, et que cette vérité n’est autre que ce que notre raison nous a fait connaître. Ils s’emploient alors à plier ces paroles pour qu’elles cadrent avec leur opinion, recourant à toutes sortes d’interprétations qui les obligent à détourner la langue de son usage ordinaire et à user de métaphores et de figures singulières.
Or, dans la plupart des passages qu’ils interprètent, les plus lucides d’entre eux savent avec certitude que les prophètes n’ont jamais voulu signifier ce qu’ils leur font dire. Bien souvent, leur taʾwîl n’a d’autre but que d’écarter une contradiction apparente : ils s’attachent à assigner au terme un sens qui pourrait, en théorie, être voulu par n’importe quel locuteur, sans rechercher la véritable intention de celui qui a parlé, ni expliquer ses propos de manière à la mettre en évidence. L’interprète se trouve ainsi à mentir sur le compte de celui dont il commente les paroles.
C’est pourquoi la plupart d’entre eux ne se prononcent pas de façon péremptoire sur leur interprétation ; ils se contentent de dire : « Il se peut que l’auteur ait voulu tel sens », et tout ce qu’ils possèdent, au fond, n’est que la simple possibilité lexicale.
Quant à savoir si tel prophète a réellement pu vouloir ce sens précis au moyen de cette expression déterminée, le plus souvent c’est l’inverse qui apparaît : le contexte du discours et la condition même de l’orateur montrent qu’il est impensable qu’il ait visé un tel sens par cette formulation particulière.