Cela n’est nullement conforme à la langue des Messagers ni à celle du Coran. En effet, le « monde de la création » chez eux — ainsi que le rapporte Abū Ḥāmid — est le monde des corps ; quant à l’intellect et aux âmes, il les range sous l’appellation de « monde de l’ordre ». Il lui arrive même d’appeler (l’intellect) le monde du jabarūt, (les âmes) le monde du malakūt, et (les corps) le monde du mulk. Celui qui ne connaît pas la langue des Messagers et n’appréhende pas la signification du Livre et de la Sunnah s’imagine que les termes mulk, malakūt et jabarūt mentionnés dans le Livre et la Sunnah correspondent à cette classification ; il n’en est rien.
[Examen de ce qui est créé, de ce qui est muḥdath et de l’Ancien éternel]
Ces gens jettent sur les musulmans de nombreuses confusions, par exemple lorsqu’ils affirment sans réserve que la sphère céleste est muḥdath, c’est-à-dire un effet, alors qu’ils la tiennent pourtant pour éternelle ; or, le muḥdath n’est, par définition, que ce qui est précédé par le néant. Dans la langue arabe, comme dans toute autre langue, on n’appelle jamais l’Ancien éternel « muḥdath » ; et Allah a certes informé qu’Il est le Créateur de toute chose. Tout être créé est donc muḥdath, et tout muḥdath advient après n’avoir pas été.
Pourtant, les théologiens spéculatifs parmi les Jahmiyyah et les Muʿtazilah les ont affrontés au moyen d’une argumentation déficiente : ils n’ont ni saisi ce qu’a rapporté le Messager, ni établi correctement les données rationnelles. Ainsi n’ont-ils ni secouru l’Islam ni brisé les adversaires. Ils ont même partagé avec eux certaines de leurs prémisses corrompues, tout en les contredisant sur quelques conclusions rationnelles exactes. De la sorte, les lacunes de ces théologiens dans les sciences scripturaires et rationnelles ont constitué l’une des causes de la force de l’égarement de ceux-là, comme cela a été développé ailleurs.