Nous en avons déjà signalé certains points ailleurs.
Lorsque ces hommes constatèrent que la mission des Messagers – tels que Mûsâ, ʿÎsâ et Muḥammad, que les bénédictions et la paix d’Allah soient sur eux – avait ébloui le monde, qu’ils reconnurent la Loi (nāmûs) avec laquelle Muḥammad ﷺ fut envoyé, la plus éminente des lois ayant jamais sillonné la terre, et qu’ils virent que les Prophètes évoquaient les anges et les djinns, ils voulurent concilier tout cela avec les propos de leurs devanciers grecs, lesquels étaient les créatures les plus éloignées de la connaissance d’Allah, de Ses anges, de Ses Livres, de Ses Messagers et du Jour dernier. Ceux-ci avaient en effet posé l’existence de dix Intellects qu’ils nommaient : « les abstraits » ou « les séparés ».
L’origine de cette doctrine procède de l’idée de la séparation de l’âme d’avec le corps ; aussi appelèrent-ils ces entités « séparées » parce qu’elles sont censées se tenir à l’écart de la matière et s’en dépouiller.
Ils affirmèrent également l’existence des sphères célestes, attribuant à chacune d’elles une âme ; la plupart les regardèrent comme des accidents, tandis que certains les tinrent pour des substances.
[Les caractéristiques de la prophétie chez Ibn Sînâ et les autres philosophes]
Quant aux entités abstraites qu’ils ont postulées, l’examen attentif révèle qu’elles se ramènent à des notions présentes dans les esprits et nullement dans la réalité concrète – (tout comme les disciples de Pythagore ont admis des nombres abstraits, et) de même que les disciples de Platon ont reconnu les formes platoniciennes abstraites. Ils ont, en outre, soutenu l’existence d’une hylé dépourvue de forme, ainsi qu’une durée et un vide abstraits. Or leurs penseurs les plus perspicaces ont reconnu que tout cela ne se réalise que dans les intelligences, non dans le monde réel. Lorsque, par la suite, les derniers d’entre eux, tel Ibn Sînâ, voulurent établir la question des prophéties